La Norvège

culture, histoire, traditions, actualités...

24 juin 2007

L'histoire de la littérature norvégienne vue de France

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Eric Eydoux, l'un des meilleurs spécialistes français de la culture norvégienne, vient de publier une histoire de la littérature norvégienne aux Presses Universitaires de Caen. C’est un ouvrage très exhaustif et richement illustré qui retrace la littérature norvégienne avec une plume alerte.

A l'heure où la Norvège vient tout juste de célébrer ses cent ans d'indépendance, Eric Eydoux, maître de conférence à l'Université de Caen, considère qu'il est temps de faire connaître la littérature norvégienne. Passionné par ce pays du Nord de l'Europe, M. Eydoux a déjà publié de nombreux ouvrages sur la Norvège, et a pris plusieurs initiatives d'importance concernant les relations culturelles entre la France et la Norvège. Ainsi, il est à la fois directeur de l'Ofnec (Office franco-norvégien d'échanges et de coopération) et créateur du festival de littérature nordique Les Boréales de Normandie, mais est aussi chargé du développement culturel auprès de la ville de Caen.

Partant de la lointaine poésie eddique jusqu’aux productions les plus récentes, Eric Eydoux a comblé une lacune évidente en signant un ouvrage de référence. Présenté sous forme de cinq chapitres d'inégale longueur – le chapitre consacré au XXe siècle étant aussi long que les quatre autres réunis – l'ouvrage traite des grandes tendances littéraires, des principaux auteurs et de leurs œuvres, mais contient également un bref rappel historique de la période en question en début de chaque chapitre. Il est agrémenté d'une abondante iconographie qui ouvre sur des aspects complémentaires de la culture norvégienne, ainsi que d'une bibliographie quasi-complète des études et traductions relatives à la littérature norvégienne.

Sous la plume d'Eric Eydoux, le public français découvrira la richesse exceptionnelle de la littérature en Norvège, loin au-delà de Ibsen et de Hamsun. Pour certains, Eydoux démontre même que la petite nation norvégienne aurait été une grande nation littéraire si sa langue n'avait pas été d'une faible diffusion.

Eric EYDOUX, Histoire de la littérature norvégienne, 2007, 160 x 240, broché, 528 pages

Source : Ambassade de Norvège

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05 février 2006

2006 sera l'année Ibsen

En 2006 sera célébré le centième anniversaire de la mort du dramaturge Henrik Ibsen. La Norvège, par l'intermédiaire de son Ministère de la Culture, a entrepris de marquer cet événement tant sur le plan national qu'international.

Une série de manifestations seront organisées tout au long de cette année 2006, afin de souligner l'importance du patrimoine légué par l'écrivain, et d'en favoriser la mise en valeur, à la fois dans un souci de qualité et d'innovation.

Le monde d'Ibsen est marqué par la revendication de la liberté individuelle, aussi le regard humaniste et poétique qui le traverse affiche-t-il une richesse et une multiplicité de facettes qui échappe à la synthèse univoque de quelques pensées philosophiques, ou d'un quelconque message idéologique. Ibsen ouvre la voie à une libération personnelle. Comme l'écrivait James Joyce, il "extorque à la vie ses secrets."

Ibsen se joue quotidiennement, sur l'une ou l'autre scène de l'un de nos cinq continents. Il nous a amenés, plus que quiconque, à réfléchir sur les valeurs et les droits fondamentaux de l'existence. Les problèmes de société auxquels il nous confronte restent d'actualité. De nos jours encore, il arrive que ses pièces se voient refuser l'entrée des théâtres, et que certaines parties de ses textes soient censurées par des preneurs de décision qui considèrent leur contenu comme trop sujet à controverse, voir directement dangereux pour l'ordre établi. Joyce écrivait encore : "Il y a lieu de se demander si les temps modernes ont connu un autre homme qui ait exercé une influence aussi énorme sur le monde pensant."

Le programme de l'année 2006, actuellement en cours de préparation, sera très ambitieux et varié. Pour la Norvège, son élaboration est assurée par le Comité national pour la promotion de l'oeuvre d'Ibsen, tandis que le Ministère des Affaires étrangères, en étroite collaboration avec ce même Comité, ainsi qu'avec les représentations norvégiennes à l'étranger et les spécialistes d'Ibsen à l'échelle internationale, a pour mission de coordonner l'ensemble des manifestations qui se dérouleront dans différents autres pays.

Nous aurons prochainement le plaisir de présenter ce programme, qui, tout au long de l'année 2006, déploiera sa richesse et sa diversité un peu partout sur la planète. L'année 2006 apportera la démonstration de la place qu'occupe Henrik Ibsen dans l'art dramatique, et l'on est en droit d'espérer qu'elle puisse inspirer et nourrir intellectuellement une nouvelle génération de citoyens du monde.

Bentein Baardson, Directeur du projetIbsen 2006  Source : norvege.no

Site internet consacré à Ibsen et aux évènements commémoratifs (en français)

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05 janvier 2006

Les destinées de la Norvège moderne

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M. Jean-François Battail, Professeur en Sorbonne, vient de publier un livre sur l’histoire de la Norvège. Cet essai sur l’histoire de la jeune nation est basé sur une série de conférences données à la Maison de Norvège au printemps 2005.

A l’occasion du centenaire de la dissolution de l’Union avec la Suède, un retour sur l’histoire norvégienne s’impose. M. Jean-François Battail, Professeur en Sorbonne, spécialiste de l’histoire des idées et fin connaisseur de la Scandinavie, vient de rédiger chez la maison d’édition Michel de Maule le livre Les destinées de la Norvège moderne. Ce livre est basé sur la série de conférences données par le Professeur Battail à la Maison de Norvège au printemps 2005, conférences qui avaient pour thème l’émergence de la Norvège moderne (1814-2005).

Les guerres napoléoniennes ont permis à la Norvège moderne d’émerger en 1814, date à laquelle elle se dote de la constitution la plus libre d’Europe. Mais la jeune nation doit toutefois se plier aux conditions d’une union avec la Suède, après quatre siècles d’union avec le Danemark. Le XIXe siècle est marqué par un double combat, culturel et politique, qui s’achève dans un climat de tension avec la dissolution en 1905 de l’union avec la Suède, toutefois conclue pacifiquement.
Ayant gagné son indépendance, la Norvège peut enfin réaliser sa construction étatique, une construction qui se veut à forte vocation internationale.

Le livre Les destinées de la Norvège moderne est composé autour de trois axes : Les années 1814-1870, c’est-à-dire la première phase de l’Union avec la Suède et la reconquête de la norvégianité ; la période 1870 –1905 et les aspirations démocratiques, voire le rejet de l’Union avec la Suède ; et enfin une partie consacrée aux cent ans d’indépendance (1905-2005) et à l’affirmation de la voix de la Norvège dans le concert international.

En France, la Norvège est surtout connue pour la splendeur de ses paysages. En évoquant divers aspects de la civilisation norvégienne, le livre du Professeur Battail se propose de montrer que, par-delà les fjords et le soleil de minuit, la Norvège peut apporter beaucoup à quiconque se donne la peine de la connaître.

Spécialiste de la Norvège, Jean-François Battail est Professeur de langues et civilisations scandinaves à la Sorbonne, docteur honoris causa de l’Université d’Uppsala
et de l’Université de Linköping et membre de l’Académie royale suédoise des Sciences. Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur la culture nordique. En 2000, Jean-François Battail s’est vu décerner par le Conseil Nordique le premier prix d’un concours international d’essais sur « l’identité nordique vue de l’extérieur ».

Jean-François Battail, Les destinées de la Norvège moderne, Michel de Maule, 22 €.

source : Ambassade de Norvège
http://www.norvege.no/culture/literature/battailbook.htm

ISBN:2876231719

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19 septembre 2005

Sigrid Undset

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Sigrid Undset (1882-1949) est l'un des trois lauréats norvégiens du prix Nobel de littérature. Après Bjørnstjerne Bjørnson en 1903 et Knut Hamsun en 1920, le jury suédois couronnera surtout, en 1928, la saisissante évocation de la vie médiévale que constituent les deux cycles romanesques de Kristin Lavransdatter, son oeuvre la plus connue, et d'Olav Audunssøn.

par Giske Anderson

Les deux cycles, et Kristin Lavransdatter en particulier, connaissent à l'époque un formidable succès. Dans son testament, Alfred Nobel demandait qu'on récompense les auteurs «d'oeuvres magistrales à tendance idéaliste», une définition assez large aisément applicable à Sigrid Undset. Pourtant, plus que la veine idéaliste, c'est l'art et la maîtrise du récit qui fascinera les lecteurs de tous les horizons. Ses livres, déjà traduits en diverses langues, verront leur diffusion multipliée par la consécration du prix Nobel. Aujourd'hui, plus de 70 ans après sa parution, Kristin Lavransdatter demeure universellement populaire et renouvelle sans cesse son audience.

Il s'agit pratiquement de la seule oeuvre d'Undset un tant soit peu connue à l'extérieur du pays. C'est tout le contraire chez nous, comme j'ai pu m'en apercevoir en publiant en 1989 une biographie de la romancière. De tous les coins du pays, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes m'ont adressé des lettres témoignant d'une popularité grandissante, malgré l'emprise moderne de la télévision. Sigrid Undset est un écrivain qui continue à être lu.

Et cela ne se limite pas à ses romans médiévaux. Ceux-ci ne forment qu'un volet d'une oeuvre romanesque rassemblant 36 titres, dont beaucoup ont pour cadre l'Oslo du début du siècle. Des essais littéraires ont également été publiés, ainsi que des recueils de nouvelles et d'articles historiques. Nous sommes donc en présence d'une production abondante, que les nouvelles générations semblent sans cesse redécouvrir.

Aucun de ses écrits n'est négligeable. Une plume alerte et réaliste, une profonde compréhension de l'âme humaine à travers les âges, une connaissance solide du monde et de ses interactions avec l'homme : la richesse intellectuelle et la finesse de l'observation sont toujours au rendez-vous, inépuisables sources de plaisir.

Qui est Sigrid Undset ? Elle naît la même année que James Joyce et Virginia Woolf, trois ans avant D.H. Lawrence et Karen Blixen. A l'exception de Lawrence, auquel elle porte un vif intérêt dans les années 30, aucun n'aura sur elle de véritable influence littéraire.

Appartenant à la même génération, venus de divers horizons, ils connaîtront des destins très différents, mais partagent une caractéristique commune : enfants d'une Europe en crise, ils en ont une conscience aiguë. Si les thèmes de Sigrid Undset sont clairement norvégiens, elle est aussi européenne, à l'image de Joyce et de son enracinement irlandais.

L'Europe lui est donnée dès le berceau. Elle grandira dans un milieu qui est tout à la fois européen, norvégien, scandinave. Son père, Ingvald Undset, est un archéologue éminent, passionné de préhistoire nordique et européenne et spécialisé dans le premier âge du fer. Il sillonne le continent pour étudier les principaux chantiers de fouilles du moment. Sa mère, Charlotte, est danoise. Dévouée au travail de son mari, elle parle couramment allemand et français et est férue de culture scandinave et européenne.

Sigrid Undset naît le 20 mai 1882 à Kalundborg au Danemark dans la belle demeure de sa famille maternelle, qui donne sur la place centrale de la petite bourgade. Elle est l'aînée de trois filles. La famille s'installe en Norvège quand elle a deux ans : son père, malade et forcé d'abandonner ses pérégrinations européennes, choisit de rentrer au pays.

Elle grandit donc à Christiania, qui ne s'appelle pas encore Oslo. Son enfance sera marquée par la maladie de son père mais aussi par son immense érudition historique. Très tôt, elle s'initiera aux secrets de l'archéologie, des anciennes sagas et des chants folkloriques.

Quand son père meurt, à 40 ans, sa mère se retrouve seule avec trois filles à élever et presque totalement démunie. Sigrid a alors 11 ans et son existence sera profondément marquée par ce malheur familial. Elle doit abandonner tout espoir d'études universitaires. Après son brevet, elle suit une année de cours de secrétariat et est embauchée, à 16 ans, dans une firme allemande de Christiania, son salaire contribuant à subvenir aux besoins de sa mère et de ses deux soeurs.

Elle travaillera 10 ans dans la même maison, et occupera même des postes de confiance. Le travail d'employée de bureau est ingrat, lui donnant par moment l'impression de perdre son temps et sa jeunesse, mais c'est là qu'elle observe la marche d'une entreprise industrielle, acquiert rigueur et méthode de travail et devient dactylographe virtuose. Elle montrera par la suite un talent certain d'organisatrice, comme maîtresse de maison mais aussi à la tête de la Société norvégienne des auteurs. Une qualité qui lui servira dans la construction de ses oeuvres maîtresses, les romans historiques en plusieurs volumes.

Ces années n'en sont pas moins très difficiles. Elle prend sur ses soirées, ses nuits et ses vacances pour trouver le temps d'écrire : dès l'âge de 16 ans, elle rédige les premiers jets d'un roman médiéval scandinave et consacre plusieurs années à ses recherches dans le domaine. Elle lit beaucoup et acquiert, en autodidacte, de solides bases en littérature nordique. Elle s'intéresse à la culture anglaise, se laisse émouvoir par Shakespeare, enthousiasmer par Chaucer, fasciner par les légendes de la Table Ronde. Aux côtés des soeurs Brontë et de Jane Austen, elle étudie avec attention les grands maîtres scandinaves que sont Ibsen, Strindberg, Brandes. Elle se plonge ainsi, durant son temps libre, dans l'univers et le métier d'écrivain, qu'elle estime très tôt être son «destin».

A 22 ans, elle achève son premier manuscrit, résultat de longues veillées répétées. C'est un roman historique ­ à tendance romantique ­ qui a pour cadre le moyen âge danois. Il est refusé par les éditeurs, ce qu'elle ressent comme un échec cuisant. Deux ans plus tard, elle en termine un autre, pas bien long, 80 pages à peine. Elle a abandonné le moyen âge pour le Christiania petit-bourgeois de son époque. Intitulé Madame Martha Oulie et ses voisines, le roman s'ouvre par la confession scandaleuse de l'héroïne : «J'ai trompé mon mari». D'abord refusé, il sera finalement accepté sur l'intervention d'un ecrivain influent.

Elle fait donc ses débuts sur la scène littéraire à 25 ans. Son petit roman sur le thème de l'infidélité défraye la chronique et la fait remarquer comme un auteur prometteur. Les romans qu'elle publiera au cours des années suivantes se déroulent tous à Christiania.

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Les années de bureau, solitaires et difficiles, lui auront fait découvrir le monde des petites gens, à la poursuite obstinée d'un bonheur discret, fugace, souvent insaisissable.

La jeune Sigrid est timide et introvertie, ses amitiés sont rares. Mais son regard est d'une rare acuité, il sonde le coeur et l'âme, les perce à jour. Solitaire, elle aime les longues promenades dans la capitale et sa région, visite les quartiers riches et pauvres, et finit par connaître la ville dans tous ses recoins. C'est, avec ses habitants de condition modeste, le sujet des romans de 1907 à 1918 : l'existence terne des employées de bureau, les tristes pensions d'une ville sombre, l'attente d'un peu de chaleur et d'amour et le refus courageux, fier même, de l'ivrognerie. Le monde ouvrier, les drames familiaux, les rapports parents-enfants y sont décrits avec une sobriété réaliste, avec chaleur mais sans sentimentalisme. Son thème principal est la vie de ces femmes, leurs amours. Pour reprendre sa propre expression ironique mais sans fard : «le genre licencieux».

La période réaliste culmine avec deux romans, Jenny (1911) et le Printemps (1914). Dans le premier, une artiste peintre se désole d'égrener sa vie en déceptions amoureuses répétées et finit par mettre fin à ses jours. L'autre dépeint une femme qui parvient à sauver sa vie et son amour en dépit d'un mariage déchiré, et à créer un milieu familial solide.

Ces deux titres se démarquent du mouvement d'émancipation de la femme qui se répand en Europe. Sans s'y opposer de front, Undset préfère se situer à un autre niveau.

D'emblée, ses livres se vendent bien. Après la parution de son troisième titre, elle quitte son travail de secrétaire et s'arrange pour vivre de sa plume. Une bourse d'écrivain lui donne l'occasion de parcourir l'Europe.

Après de brefs séjours au Danemark et en Allemagne, elle aboutit à Rome et y reste neuf mois.Ses parents avaient entretenu des liens étroits avec la Ville Eternelle. Ils avaient même pensé y faire naître Sigrid alors qu'ils y séjournaient en 1882 mais la maladie soudaine de son père avait obligé à un retour précipité à Kalundborg. Rome étant à ses yeux son véritable lieu de naissance, elle met à profit son séjour pour marcher dans les traces de ses parents.L'Europe méridionale lui apporte beaucoup. Elle se lie d'amitié avec des Scandinaves expatriés et s'ouvre davantage à autrui, avec plus de gaieté et de liberté.

C'est à Rome qu'elle fait la rencontre du peintre norvégien Anders Castus Svarstad. Elle a 30 ans et c'est le grand amour, sans doute le premier. Svarstad, de neuf ans son aîné, a laissé au pays une femme et trois enfants. Le coup de foudre est partagé, mais Svarstad met plus de trois ans à obtenir le divorce.

Ils se marient en 1912 et partent pour Londres où ils vivront six mois. Svarstad peint, Undset s'immerge dans une culture anglaise qui joue un rôle capital dans son existence. De Londres, ils gagnent Rome où naît leur premier enfant en janvier 1913. C'est un garçon, qui reçoit le nom de son père.

Le mariage et les enfants forment un pan important de la vie de Sigrid Undset, même s'ils conduiront à des dilemmes cornéliens. Car les années de mariage ne sont pas de tout repos. Elle met au monde trois enfants et gère une grande maisonnée qui inclut les trois enfants du premier lit de son mari. Son deuxième enfant, une fille, souffre d'arriération mentale, comme le deuxième fils de Svarstad. La vaste demeure est ouverte à sa famille et à tous ses amis. Elle écrit la nuit, lorsque tout est calme. Outre ses romans réalistes et des recueils de nouvelles, elle participe au débat public sur les thèmes de fond et d'actualité : la condition féminine, les questions d'éthique et de morale. Sa verve de polémiste est redoutable, sa critique du féminisme catégorique. Elle rejette la débâcle morale qu'incarne la première guerre mondiale, malgré le relatif éloignement de la Norvège et sa neutralité durant le conflit.

En 1919, avec ses deux premiers enfants et enceinte du troisième, elle part se reposer à Lillehammer, petite bourgade tranquille à l'embouchure de la vallée du Gudbrandsdal. Son mari surveille l'achèvement de la nouvelle maison censée l'accueillir à Christiania. Les événements en décideront autrement.Le couple se déchire, c'est la rupture. Sigrid Undset accouche en août et choisit de s'installer à Lillehammer. Elle y aménage un superbe domaine qu'elle baptise Bjerkebæk : trois belles grandes maisons de bois de style norvégien et un grand jardin, avec une superbe vue sur la ville et les environs. Sa fille handicapée et ses deux fils bénéficient dès lors de la stabilité d'un foyer exceptionnel. La romancière trouve enfin, après des années turbulentes, un havre de paix à l'écart du monde, où elle peut se consacrer totalement à l'écriture.

Le mariage et la guerre mondiale bouleversent son cadre de références. Ces années difficiles produiront chez elle une profonde remise en question. Agnostique, elle traverse une phase de douloureuse inquiétude devant la dégradation morale du monde, qui aboutira à la conversion au christianisme. Née dans un milieu libre-penseur et tolérant, elle n'avait pas non plus cet élan positiviste qui insufflait à l'époque la science et le matérialisme. Au plus fort de cette crise, elle semble avoir eu une révélation spirituelle; elle en émergera avec une vision toute neuve de la religion. Elle ne pense plus que l'homme a suscité Dieu, elle croit que Dieu a créé l'homme.

Elle ne rallie pas l'Eglise luthérienne officielle de Norvège, la foi dans laquelle elle a été baptisée. Après quelques années de catéchisme, elle se convertit au catholicisme en novembre 1924. Elle a 42 ans. En Norvège, cette conversion fait sensation, scandale même.

L'événement ne passe pas non plus inaperçu dans le reste du monde, où Kristin Lavransdatter commence à la faire connaître à l'échelle internationale.

Cette réaction peut étonner de nos jours. Mais les catholiques sont l'exception dans la Norvège d'alors et le mépris, voire la crainte du «papiste» sont très répandus dans la population, y compris chez les libres-penseurs, ces derniers souvent proches du marxisme, du léninisme ou du socialisme.

Si elles sont parfois violentes, les attaques dont elle est l'objet ne parviennent qu'à aiguiser son vigoureux talent de polémiste. Elle participe activement au débat public, recherche même toute occasion de défendre l'Eglise romaine avec une ferveur proche de l'absolutisme.

Mais, au-delà de la maîtresse de Bjerkebæk et de l'ardente catholique, c'est l'écrivain qui nous intéresse. Et à cet égard, cette période est fructueuse.

Après avoir mis au monde son troisième enfant et s'être assurée d'un foyer, elle commence le grand oeuvre de Kristin Lavransdatter. En fait, elle y travaille depuis plus de 15 ans et possède son sujet à fond. Elle a déjà écrit un petit roman sur le premier âge chrétien de la Norvège et publié une version norvégienne des légendes celtiques du roi Arthur. Elle connaît les manuscrits norrois et médiévaux, les églises et monastères de Norvège et d'ailleurs. Elle fait autorité sur ces sujets et n'a plus grand-chose en commun avec la jeune fille qui se vit refuser son premier roman médiéval. Le changement n'est pas seulement littéraire ou culturel. C'est sa personnalité même qui s'est affirmée. Elle a découvert l'amour, la passion, l'amertume, le déchirement. Elle connaît les affres d'une mère impuissante devant la maladie de sa fille et a vécu l'absurdité des massacres de la première guerre mondiale. Cette expérience, indubitablement, enrichit l'écriture de Kristin Lavransdatter, qui est bien davantage qu'un simple roman historique. Le cadre est décrit avec précision, documenté dans le détail, jamais romancé; pas question de se réfugier le passé pour échapper au monde réel. Dans les trois volumes racontant la vie de Kristin, l'auteur transpose à l'époque médiévale la joie et la peine, l'extase et le désespoir dont elle a fait directement l'expérience. Elle ne cherche pas l'exaltation romantique, même si le choix du moyen âge est fortement guidé par l'importance de la foi à cette époque. Si elle fait vivre ses personnages dans un cadre ancien, c'est pour la distance que cela lui donne, qui permet de sublimer en art la violence de ses sentiments et la rigueur de son esprit. Sur le seuil d'une nouvelle période d'écriture, le moyen âge lui donne l'indispensable écart qu'elle recherche. «J'acquiers le pied marin par mes propres moyens», écrit-elle à une amie.

C'est le mystère de la vie tel qu'elle l'a elle-même vécu qui se rejoue dans Kristin Lavransdatter. Ces presque 1400 pages, tout comme les 1200 pages du cycle Olav Audunssøn, sont pour cette raison intemporelles : elles sont animées par des êtres de chair et de sang, qui seraient pratiquement comme des voisins. L'action se déroule dans l'Oslo que l'auteur connaît si bien, dans sa chère vallée du Gudbrandsdal ou le Trøndelag de son père. Une nature qu'elle connaît intimement et qui aujourd'hui est toujours là, la même qu'il y a 70 ans, la même depuis le 13e siècle. La maturité, venue après l'épreuve de la séparation, sera le déclencheur de ses oeuvres maîtresses.

Entre 1920 et 1927, elle publie les trois volumes de la vie de Kristin, puis les quatre de celle d'Olav. Au plus fort de ce processus créateur, elle s'interroge sur son propre destin et trouve le réconfort auprès de Dieu. «Il est venu me chercher dans le désert», dit-elle.

A cette période d'inspiration vigoureuse succède une plus grande sérénité. A partir de 1929, elle écrit plusieurs romans contemporains qui ont pour cadre Oslo et portent la marque du milieu catholique qu'ils décrivent; tous dépeignent la problématique amoureuse. Elle publie aussi des travaux historiques d'excellente tenue qui ont sans nul doute contribué à ramener l'histoire norvégienne à une plus grande sobriété...

Elle traduit les sagas islandaises en norvégien et donne aussi quelques essais, consacrés en particulier à la littérature anglaise. Un essai sur les soeurs Brontë, un autre sur D. H. Lawrence se détachent du lot. Ils ne se comparent pas au grand oeuvre, mais sont solides et ne manquent pas d'intérêt.

En 1934 paraît le roman autobiographique Onze ans. Il traite de manière à peine déguisée de son enfance à Christiania, du foyer familial et de la maladie de son père. C'est un des plus beaux regards de petite fille de toute la littérature norvégienne et n'a guère d'égal au plan mondial. La romancière progresse toujours.

A la fin des années 30, elle se lance dans un nouveau cycle historique, situé cette fois au 18e siècle. Elle n'achèvera que le premier tome, Madame Dorthea, qui sera publié en 1939. La deuxième guerre mondiale va briser l'écrivain, tant sur le plan personnel que du point de vue artistique. Elle n'achèvera pas sa fresque scandinave. La guerre accaparera toutes ses forces.Elle quitte le pays devant l'invasion des troupes allemandes en avril 1940.

Madame Dorthea

Dès le début des années 30, elle s'était ouvertement opposée au nazisme et à Hitler et ses livres furent interdits en Allemagne. Pour ne pas être prise en otage par les Allemands, elle s'enfuit en Suède. Son fils aîné, Anders, est tué lors d'un accrochage à quelques kilomètres de Bjerkebæk.

Il avait 27 ans et était officier. Sa fille handicapée est morte juste avant la guerre. Le domaine de Bjerkebæk, réquisitionné, sert de résidence aux officiers allemands. Avec son dernier fils, elle s'exile aux Etats-Unis en 1940. Inlassablement, elle écrit et lance des appels pour défendre la cause de son pays occupé. Quand elle rentre chez elle à la Libération, elle est épuisée. Elle vivra encore quatre ans, mais n'écrira plus.

Les jeunes générations ont visiblement redécouvert son oeuvre. Ils apprécient chez elle la conception morale de l'individu, non seulement responsable de lui-même mais aussi des siens, de son environnement et de toutes les formes de vie qui nous entourent. Sans doute est-ce pour cela que ses oeuvres touchent aujourd'hui un cercle toujours plus vaste de nouveaux lecteurs.


Sigrid Undset dans les années 1990

par Janneken Øverland

Ces dernières années, l'attrait qu'exercent Sigrid Undset et ses écrits n'a cessé de grandir. On voit un nouvel engouement pour ses oeuvres, et en particulier pour Kristin Lavransdatter, qui reste un des romans les plus vendus et les plus lus de Norvège. Les adaptations à la scène se multiplient, telle la production théâtrale finno-norvégienne mise en musique par le bassiste de jazz Arild Andersen. L'image de la romancière ne cesse de se préciser.

Une contribution majeure à cet égard est une biographie parue en 1993, Le coeur des hommes ­ Sigrid Undset. L'histoire d'une vie (éditeur Aschehoug). L'auteur, le prof. Tordis Ørjasæther, y donne des précisions sur la maladie du père d'Undset, probablement d'origine nerveuse comme la sclérose en plaques, et non, comme on l'avait cru, liée à la syphilis.

Sont également restituées les difficultés de sa condition de jeune écrivain et de mère seule, notamment sa relation étroite avec sa fille handicapée.

L'ouvrage approfondit les raisons de sa conversion au catholicisme, avec un éclairage original : ses connaissances historiques et son goût pour l'époque médiévale ont naturellement orienté sa quête spirituelle vers le catholicisme malgré l'environnement protestant, mais cet intérêt ne s'éveille pas en 1920, il s'enracine au plus profond de son enfance. Le livre de Tordis Ørjasæther a reçu le prix Brage du meilleur document publié en Norvège en 1993 et a été traduit en plusieurs langues.

En 1995, l'adaptation cinématographique du premier volet de la trilogie Kristin Lavransdatter, réalisée par Liv Ullmann, a gonflé le renouveau d'intérêt porté à la romancière. Le film, qui dure plus de 3 heures en version originale, suit l'enfance de Kristin à la ferme auprès de son père Lavrans, s'attache à l'histoire d'amour qui la lie à Erlend et se termine sur le mariage contre la volonté des parents. Le tournage s'est principalement déroulé dans une vallée de Norvège, où l'on a reconstitué minutieusement l'habitat fermier médiéval. La contribution de grands artistes norvégiens et de Sven Nyquist, le directeur de la photographie de Bergmann, explique sans doute le succès immédiat du film. Un montage abrégé, pour les marchés extérieurs, et une version télévisée ont également été réalisés.

C'est l'occasion de porter à travers le monde et de faire connaître à un public toujours plus large l'oeuvre de Sigrid Undset et le personnage le plus célèbre ­ après Peer Gynt ­ de la littérature norvégienne.


Rédigé par Nytt fra Norge - 1996

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10 septembre 2005

Knut Hamsun

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(1859-1952)

Knut Hamsun naît le 4 août 1859 à Garmo, un bourg de montagne perdu sur la rive ouest du lac Vågåvatn. Il décède dans sa ferme de Nørholm près de Grimstad, la nuit du 19 février 1952. Une vie, 92 ans et 6 mois, passée entre le temps des charrettes et l'ère de l'atome. Une vie troublée, complexe et mouvementée, mais avant tout une vie vouée au service des mots.

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Est-il possible de tracer une ligne dans cette vie, de dégager une cohérence sous ces événements dispersés ? Certains ont voulu réduire le marathon qu'a été sa vie en un cent mètres couru dans un stade nazi. Cette grille d'analyse expliquerait « l'énigme Knut Hamsun ». Pour l'essentiel, cette grille est inutilisable. L'énigme demeure. Pour comprendre Hamsun et son œuvre, le chemin à parcourir passe par la compréhension de la relation que l'auteur entretient avec les mots. Postuler a priori que Knut Hamsun a écrit ses romans pour servir certaines idéologies ou pour gagner sa vie serait une grave méprise. Pas plus qu'il n'était motivé par le plaisir d'écrire de bonnes histoires pour distraire son prochain. Sa motivation ne se fonde pas non plus sur l'indignation morale ou l'engagement. Quant à la vanité ou à l'ambition ­ le désir d'être célèbre et adulé ­, elles n'ont pas joué un rôle déterminant. Certes, ces éléments ont dû jouer quand Hamsun a « choisi » la voie de l'écriture professionnelle, mais leur poids varie selon les époques de sa vie. Une chose est claire : aucune de ces valeurs n'a été l'élément moteur de son écriture. Pour Hamsun, le choix du métier d'écrivain n'a pas été volontaire. Il s'est davantage considéré comme « élu » à cette fonction. Il s'est plié à une nécessité interne, un impératif qui l'a condamné à l'écriture. Hamsun est le seul homme de lettres norvégien auquel l'expression « vocation d'écrivain » pourrait s'appliquer, pour autant qu'elle ait un sens.

Le talent de créateur, le savoir-faire d'écrivain, ont donc eu une importance capitale pour Hamsun. Oscar Wilde écrit dans une de ses lettres que « pour un artiste, s'exprimer est le mode de vie le plus pur, le seul qui soit. C'est par l'expression que nous vivons. » Comme Wilde, Hamsun a écrit pour prouver qu'il était vivant.

Dès sa prime jeunesse, le pouvoir d'évocation et la vie mystérieuse des mots l'ont passionné. Citons un article écrit en 1888, deux ans avant la Faim, son premier succès public :

« Le langage doit couvrir toutes les gammes de la musique. Le poète doit toujours, dans toutes les situations, trouver le mot qui vibre, qui me parle, qui peut blesser mon âme jusqu'au sanglot par sa précision. Le verbe peut se métamorphoser en couleur, en son, en odeur ; c'est à l'artiste de l'employer pour faire mouche [...]. Il faut se rouler dans les mots, s'en repaître; il faut connaître la force ­ directe, mais aussi secrète ­ du Verbe.[...] Il existe des cordes à haute et basse résonance, et il existe des harmoniques... ».

Kristofer Janson, un prêtre poète qui avait connu Hamsun dans sa jeunesse, a écrit qu'il n'a jamais rencontré personne « aussi maladivement obsédé par l'esthétique verbale que lui [...]. Il pouvait sauter de joie et se gorger toute une journée de l'originalité d'un adjectif descriptif lu dans un livre ou qu'il avait trouvé lui-même ».

Marie Hamsun, l'épouse de l'artiste pendant plus de 40 ans, a décrit dans ses mémoires intitulées Regnbuen (l'Arc-en-ciel, 1953) les souffrances que devait subir la famille de l'auteur lors des périodes de « gestation » de livres que Knut n'arrivait pas à mettre en chantier. Son désespoir était sans bornes et son malheur, total, pendant les « douleurs de l'enfantement ». Il promit plusieurs fois à ses proches ­ et à lui-même ­ que tel livre, une fois achevé, serait le dernier. Mais hélas ­ ou heureusement pour ses admirateurs ­ cette promesse n'était pas de celles que l'on peut tenir.

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Knut et Marie

Après son mariage avec Hamsun, Marie dut, à sa grande surprise, prêter plus d'une fois l'oreille aux plaintes de son mari, tourmenté par les affres de l'écriture. Mais Marie sut faire la part des choses. Quand l'auteur dénigrait « l'écrivainerie », elle comprenait que cette activité était la seule source de joie authentique de son mari. Elle écrit : « Mon amour contribuait sans doute à l'atmosphère dont il devait s'entourer pour atteindre le vrai bonheur. Mais je compris que rien ne pouvait compenser la douleur de ne pas parvenir à se mettre à l'œuvre. Le bonheur que je lui donnais peut-être n'était qu'un moyen, certainement pas une fin. »

Pouvoir ou ne pas pouvoir écrire, telle était la question décisive.

« Oui, voyons à quoi je suis bon, la Vie, la Mort ou la Putréfaction », écrit-il à Marie, restée seule à Nørholm avec les enfants. Hamsun avait fait ses valises et s'était installé au Ernst Hotel de Kristiansand pour travailler en paix.

Alors que Hamsun n'a que trois ans, sa famille déménage pour l'île de Hamarøy, dans le département du Nordland. Ils y vivent d'agriculture et d'un peu d'artisanat, car son père est également tailleur. Knut est le quatrième enfant d'une famille de sept.

Dès l'âge de 17-18 ans, il taquine les muses et publie Den Gaadefulle (Le Personnage mystérieux) à Tromsø en 1877. L'année suivante, c'est Bjørger qui paraît à Bodø. Il parvient aussi à faire imprimer Et gjensyn (Retrouvailles), un poème narratif assez long, en 1878. Ces ouvrages, que le jeune et ambitieux poète en herbe doit considérer comme les premiers chefs-d'œuvre d'une longue activité artistique, ne seront qu'un faux départ, une « mini-carrière » littéraire sans suite. Ses poèmes d'adolescent ne présentent d'intérêt réel que pour le chercheur. Le lecteur en retiendra surtout que le jeune Hamsun n'a pas évité les pièges de la langue de bois et des clichés.

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Encouragé par ce succès local, fort du soutien financier d'Erasmus Zahl, un riche commerçant de Kjerringøy, Hamsun part à la conquête du monde en 1879, emportant dans ses bagages un « chef-d'œuvre » de plus, Frida, un roman inspiré de la vie rurale qu'il écrivit durant un séjour à Øystese, dans le Hardanger. Désillusionné, il revient quelques mois plus tard à Christiana (Oslo), après avoir ­ en vain ­ tenté de le faire publier par l'éditeur Gyldendal de Copenhague.

Suit alors une longue décennie d'épreuves. Hamsun mène une vie turbulente et vagabonde, et s'essaie à de nombreux métiers. Il se rend par deux fois en Amérique (1882-84 et 1886-88), où il travaille comme terrassier, vendeur, conducteur de tramway (à Chicago) et conférencier. Aussi nombreuses et variées que soient ses activités, une constante domine : le besoin d'écrire ! Quand il est mécontent, il peut, dans un accès de rage, déchirer les feuillets qu'il a laborieusement noircis la veille dans ses moments de loisirs, mais il ne parvient jamais à abandonner définitivement la plume. Son écriture est sa seule échappée hors d'un monde froid, dans lequel la survie au jour le jour mobilise l'essentiel de son énergie.

À l'automne 1888, il entrevoit une première lumière d'espoir. Après être retourné en Amérique pour de bon ­ du moins le croit-il ­, il publie anonymement dans le magazine danois Ny jord (Terre nouvelle) un récit intitulé la Faim. Il se fait remarquer par l'originalité de son contenu et par sa forme obsédante. Le livre du même titre, publié en 1890, marquera sa percée littéraire. Dans les deux ans qui suivent sa parution, la Faim est traduit en allemand et en russe.

Au cours des années 1890, Hamsun publie une série d'ouvrages qui établissent sa réputation d'écrivain parmi les auteurs norvégiens les plus prometteurs. Dans des romans comme Mystères (1892), Pan (1894) et Victoria (1898), il décrit avec une maîtrise langagière incomparable les expériences et les affres qui secouent des individus à la personnalité hors du commun.

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Il s'essaie aussi au théâtre, mais le genre lui convient moins que l'épopée. La force de Hamsun réside davantage dans les descriptions, la caractérisation des personnages, que dans le développement d'un thème dramatique. Ses pièces de théâtre sont souvent statiques à l'excès. Par ses qualités oniriques (avant Strindberg), le Jeu de la vie (1896) est la plus réussie de ses six pièces de théâtre.

Hamsun a plusieurs fois exprimé son mépris de l'art dramatique comme forme artistique. Dans un article paru en 1890, il écrit que « l'auteur dramatique ne saurait être un fin psychologue ». « D'ailleurs, le théâtre ne m'intéresse pas », confie-t-il à une admiratrice, « seulement l'argent que j'en tire ».

Après un mariage raté (avec Bergliot Bech de 1896 à 1906), Hamsun retrouve en 1909 le courage de tenter à nouveau l'expérience. Marie Andersen (née en 1881) sera ­ malgré certains problèmes après la dernière guerre ­ sa compagne de toute une vie. Marie, jeune actrice prometteuse avant de rencontrer Hamsun, interrompt sa carrière et part avec lui en 1911 pour Hamarøy, village d'enfance de Hamsun. Ils y achètent une ferme, et comptent vivre de la terre, l'écriture de Knut devant leur procurer un revenu d'appoint. Après quelques années, Hamsun, qui ne tient jamais en place, doit constater ­ à la déception de Marie ­ que Hamarøy ne lui convient pas. Ils déménagent pour le sud et s'installent à Larvik.

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En 1918, le couple achète Nørholm, un vieux manoir passablement délabré, à mi-chemin entre Lillesand et Grimstad. Ils restaurent le bâtiment principal avec goût, construisent de nouvelles dépendances et élargissent considérablement le chemin d'accès. Un « chalet d'auteur » à quelque distance de la ferme permet à Hamsun de cultiver ses projets littéraires sans être dérangé, mais il semble que ses vagabondages de jeunesse l'aient marqué à jamais. Il doit souvent quitter son foyer pour parvenir à se mettre à l'ouvrage.

Au tournant du siècle, Hamsun n'écrit plus de romans centrés sur un personnage principal, et se consacre à des œuvres d'une ampleur sociale et historique plus vaste. Après Enfants de ce temps (1913), et le Village de Segelfoss (1915), largement inspirés de son expérience de la Norvège du Nord, il publie en 1917 les Fruits de la terre, qui lui vaudra trois ans plus tard le prix Nobel de littérature. Le message que Hamsun adresse à un monde en désarroi est clair : retour à la terre et à ses valeurs. Il écrit à propos d'Isak, le héros du roman :

« Il était un colon de corps et d'âme, un paysan sans merci. Un revenant du passé pointant vers l'avenir, un homme des débuts de l'agriculture, un défricheur, vieux de 900 ans et à nouveau, un homme du présent. » C'est à cette époque que le public lettré d'Amérique et d'Angleterre se familiarise avec le nom de Knut Hamsun. Plusieurs de ses œuvres antérieures sont traduites en anglais, mais il ne rencontrera jamais auprès du public anglo-saxon un succès équivalent à celui qu'il connaît notamment en Allemagne.

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K. Hamsun - 1927

Dans les années 1920-1930, la popularité de Knut Hamsun culmine. Il écrit beaucoup et ses nouvelles œuvres atteignent des tirages considérables. Elles sont immédiatement traduites dans toutes les grandes langues mondiales. Les romans qui mettent en scène August, le bourlingeur, sont les plus populaires : les Vagabonds (1927), August (1930) ainsi que Et la vie continue (1933).

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En 1929, pour son 70e anniversaire, la fine fleur de la gent littéraire mondiale dédie un livre d'or au maître. Parmi les nombreuses contributions, on relève celles de Thomas Mann, d'André Gide, de Maxime Gorki, de John Galsworthy et de H. G. Wells.

Des nuages lourds de menaces se lèvent alors à l'horizon politique. Adolf Hitler a pris le pouvoir en Allemagne, dans un inquiétant bruit de bottes. Hamsun est germanophile depuis l'époque de l'Empire. Il l'est resté pendant la Grande Guerre et sous la République de Weimar. Il ne reniera pas ses sympathies pro-allemandes. En 1940, avec l'occupation de la Norvège par l'Allemagne commencent les années douloureuses. D'un point de vue national norvégien, Hamsun a choisi le mauvais camp. Le combat sera sans merci.

En 1945, à la Libération, Hamsun est attaqué de toutes parts. Il est soumis à un examen médical sans ménagement, et les psychiatres le qualifient de « personnalité aux facultés mentales affaiblies de façon permanente ». Par la suite, un procès le condamne à payer à l'État des dommages ruineux ­ au sens propre du terme (une somme de 325 000 couronnes norvégiennes de l'époque) ­ pour le soutien moral apporté à l'occupant. Sa position devient délicate, d'autant que ses droits d'auteur, ses seules ressources, sont réduites à néant.

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Pendant et après la Deuxième Guerre mondiale, nombreux ont été les Norvégiens qui auraient voulu ­ s'ils l'avaient pu ­ renvoyer Hamsun dans l'anonymat qu'il n'aurait jamais dû quitter. Son besoin de s'exprimer, son désir d'écrire seront les plus forts. Sur les sentiers où l'herbe repousse (1949) prouve que son talent est resté intact. Dans cette œuvre, il se venge du traitement que lui ont fait subir le procureur et les psychiatres. Le ton de l'œuvre reste toutefois celui de la résignation mélancolique. L'auteur, intarissable, passe en revue les événements anciens ou récents. « Un, deux, trois, quatre ­ je reste ainsi assis à noter et rédiger de petits morceaux pour moi-même. Pour rien, juste par habitude. Je distille des mots prudents. Je suis un robinet qui goutte, un, deux, trois, quatre. »

L'influence de Knut Hamsun sur la littérature américaine et européenne de ce siècle ne fait aucun doute. L'aspect révolutionnaire d'œuvres telles que la Faim et Mystères réside avant tout dans leur contribution à une nouvelle compréhension de l'homme. Pour la première fois, l'homme moderne, angoissé et réifié fait irruption dans le roman. Hamsun a préparé le terrain pour un approfondissement de notre connaissance de l'homme par sa compréhension des méandres de notre psychologie, bien avant Freud et Jung. L'ambivalence, la complexité, voire l'incohérence du comportement humain trouve avec Hamsun une impressionnante traduction littéraire. Cette description est aussi celle d'un virtuose à l'incomparable sûreté de style. Sa plume trace un modèle que ses successeurs suivront avec succès.

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En 1929, Thomas Mann affirme que le prix Nobel de littérature n'a jamais couronné un écrivain plus méritant. Des écrivains comme Franz Kafka, Berthold Brecht et Henry Miller ont tous exprimé leur admiration pour Hamsun. Dans une préface à l'édition américaine de la Faim, Isaac Bashevis Singer écrit que Hamsun est « à tout point de vue le père de la littérature moderne ­ par sa subjectivité, son impressionnisme, son usage de la rétrospection et son lyrisme [...]. Toute la littérature moderne de ce siècle prend sa source chez Hamsun. »

Comment la Norvège d'aujourd'hui juge-t-elle Hamsun ? Force est de constater que ses opinions politiques jettent toujours une ombre compromettante sur ses œuvres et sa personne. De nombreux Norvégiens ­ plus de 40 ans après la fin de la guerre ­ entretiennent toujours des rapports ambigus avec l'auteur, une relation d'amour-haine sur fond d'espoirs déçus.

La « Norvège officielle » a célébré l'auteur avec une singulière discrétion. Les Norvégiens aiment fêter leurs poètes. L'exception faite pour Hamsun n'en est que plus significative. Pas une artère, pas une place, pas un bâtiment public ne porte son nom. Son portrait n'orne aucun billet de banque, et il n'a jamais fait l'objet d'un timbre commémoratif.

Le séminaire sur Hamsun organisé à Paris par le ministère norvégien des Affaires étrangères, à l'automne 1994, est l'hommage le plus audacieux que les pouvoirs publics se soient permis jusqu'ici de rendre à Hamsun. Ce séminaire avait pour but de consolider les relations culturelles franco-norvégiennes.

Mais bien que Hamsun ait fait quasiment l'objet d'une « mort officielle », cela n'a nullement empêché sa personne et son œuvre de rester au centre des débats littéraires et culturels. C'est sur lui que l'on réfléchit et écrit, c'est de lui que l'on parle. Depuis 1982, sept « Journées Hamsun » ont été organisées à Hamarøy. Ces « Journées » sont consacrées à la vie culturelle de toute la région, mais Hamsun y tient toujours une place de choix. Une « Société Hamsun » a été fondée au cours de l'été 1988 dans le but de promouvoir une meilleure compréhension de l'artiste et de son œuvre. La Société publie notamment des annales.

Parmi les nombreuses publications parues sur Hamsun, nous nous limiterons aux plus importantes éditées au cours de ces trois dernières années. Livskamp og virkelighetsoppfatning (Combat d'une vie et perception de la réalité, 1993), thèse de doctorat de Jan Fr. Marstranders, traite de la production littéraire de Hamsun de 1877 à 1887 ­ c'est à dire peu avant qu'il n'atteigne la célébrité. Harald S. Næss a projeté l'édition des lettres de Knut Hamsun, en six volumes ; jusqu'à présent deux tomes sont parus ­ le deuxième en 1995. Cette même année, Kirsti Thorheim et Ottar Grepstad, un couple d'auteurs littéraires, ont publié conjointement un ouvrage intitulé Hamsun i Æventyrland. Nordlandsliv og diktning ou « Hamsun au Pays du merveilleux. La Vie dans le Nordland et la littérature ». En fait, l'année 1995 a vu également paraître un ouvrage inédit de Hamsun, Lurtonen (Le Son du lur), publié par la Société Hamsun. Il s'agit d'un poème narratif en 56 strophes, jusqu'ici inconnu, datant de la fin des années 1870.

Hamsun continue indéniablement de « vivre » à travers ses œuvres, et il n'est que pour le prouver de voir le nombre croissant de ses romans portés à l'écran. Parmi les plus récentes productions, il convient de relever Le Télégraphiste du réalisateur norvégien Erik Gustavson (1993), basé sur Rêveurs, un roman de 1904, et Pan du réalisateur danois Henning Carlsen (1994). Le dernier film « hamsunien » en date, Knut Hamsun (1996), est une production du suédois Jan Troell basée sur l'ouvrage de l'auteur danois Thorkild Hansen, intitulé Le procès de Hamsun (1978). L'acteur Max von Sydow tient le rôle principal dans cette œuvre cinématographique qui a au moins de commun avec Rêveurs et Pan le succès éclatant que le public lui a réservé.

Le touriste qui se rend en Norvège sur les traces de l'écrivain pourra s'imprégner des lieux où l'auteur a séjourné et découvrir de nombreux témoignages de son activité littéraire. À Garmo, une initiative privée a permis de restaurer la maison natale de Hamsun et d'y installer un petit musée. On peut aussi y admirer une stèle commémorative de neuf mètres ornée d'un portrait en bas-relief, œuvre du sculpteur Wilhelm Rasmussen, inaugurée en 1960.

À Hamarøy, un autre musée ­ lui aussi fondé par des personnes privées ­ possède également une statue de l'auteur, érigée en 1961. Cette œuvre ­ dont la qualité artistique a fait l'objet de vives discussions ­ est due au sculpteur grec Georg Themistokles Malteso. Il a réalisé ce buste d'après une photographie et en a fait don à la commune de Hamarøy. À Kjerringøy, on trouve un buste de Knut Hamsun jeune, sculpté par Tore Bjørn Skjølsvik. L'œuvre a été inaugurée par le fils de l'écrivain, le peintre Tore Hamsun, lors des Journées Hamsun de 1984.

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On peut admirer à Nørholm, dans le parc jouxtant le bâtiment principal, un autre buste exécuté par Wilhelm Rasmussen ­ à condition d'avoir le privilège d'y pénétrer, la demeure étant encore à l'heure actuelle propriété de la famille. Le soubassement de ce buste, réalisé durant la dernière guerre, contient les cendres du poète. Rasmussen a travaillé sur le vif. Hamsun a posé trois jours durant dans son atelier glacial, buvant du chocolat chaud pour supporter le froid. « Il a été courageux. Il a tenu le coup, même s'il était gelé », rapporte Rasmussen. Le buste terminé, Hamsun prétendit qu'il avait l'air de grincer des dents !


Knut Hamsun était loin de toujours apprécier sa célébrité. Dans sa jeunesse, il a sans doute cultivé le non-conformisme pour attirer l'attention sur ses écrits. Mais les feux de la rampe sont peu à peu devenus pesants. Le jour de son anniversaire, il fuyait sa maison pour une adresse inconnue afin d'échapper à la curiosité publique. Se savoir observé et entouré le rendait mal à l'aise. Celui qui regretterait l'absence d'hommage officiel à la mémoire de Hamsun, trouvera peut-être un réconfort dans cette évidence : Hamsun lui-même n'aurait guère apprécié pareille célébration.

Lors de la parution de l'Histoire de la littérature de Kristian Elster en 1923-24, où Hamsun devait figurer en bonne place, la maison d'édition Gyldendal prit contact avec l'auteur pour lui demander s'il pouvait fournir quelques images de son lieu de naissance. Ironique, acerbe même, Hamsun répondit : « Deux sources différentes citent des témoignages dignes de foi attestant que je suis né à Lom et à Vågå, ce qui n'a rien d'étonnant [...]. Mais ­ ajoute-t-il ­ si l'argent disponible y suffit, j'aurai ainsi une statue ­ qui sait, une statue équestre ­ à la fois à Lom et à Vågå. » Des recherches ultérieures ont confirmé qu'il était effectivement né à Vågå.

Dans Sur les sentiers où l'herbe repousse, Hamsun reprend le thème de la statue équestre.

La gloire et la célébrité, l'auteur en a fait son deuil et se console en pensant que le temps se montrera impitoyable envers d'autres que lui : « Le temps emporte, le temps emporte tout et tout le monde, écrit-il. Je perds un peu de ma renommée mondiale, une toile, un buste, je n'aurai sans doute jamais de statue équestre. »

Le temps que Knut Hamsun avait voué au service des mots courait vers son terme.

Par Lars Frode Larsen - Nytt fra Norge, Odin dep.

Bibliographie :

L'enigmatique 1877

Retrouvailles

1878
Bjørger 1878
1889
De la vie intellectuelle de l'Amérique moderne 1889

Faim *

1890

Mystères *

1892
Le rédacteur Lynge 1893
1893
Pan * 1894
Aux portes du royaume 1895
Le jeu de la vie 1896
Siesta 1897
Crépuscule 1898
Victoria 1898
Munken Vendt 1902
Fourré 1903
1903

Au pays des contes

1903
Le choeur sauvage 1904
Rêveurs 1904

Vie en lutte

1905
Sous l'étoile d'Automne 1906
Benoni 1908
Rosa 1908
Un vaganbond joue en sourdine 1909

Au pouvoir de la vie

1910
La dernière joie 1912
Enfants de leur temps 1913
La ville de Segelfoss 1915

Les fruits de la terre
/ L'éveil de la glèbe *
Prix Nobel 1920

1917
1918

Femmes à la fontaine

1920
Le dernier chapitre 1923

Vagabonds

1927

August le marin

1930
Mais la vie vit
/ Mais la vie continue
1933
Le cercle s'est refermé 1936
1939
Sur les sentiers où l'herbe repousse * 1949

En tournée
(textes de conférences données en 1890)
     1960

Liens internet

Site intéressant consacré à Knut Hamsun

Article encyclopédique

Ouvrage sur K. Hamsun

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07 septembre 2005

Contes et Légendes populaires de Norvège

Trésor du Patrimoine culturel

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Notre patrimoine culturel renferme de nombreux trésors ­ les histoires héritées de la tradition orale constituant peut-être l'un des plus beaux de ces trésors. Même de nos jours, ce genre littéraire est cher au cœur des Norvégiens. Son contenu nous renseigne sur nos racines culturelles et fait partie de notre identité. Les contes et légendes populaires, auxquels s'ajoutent les chants folkloriques, constituent le plus ancien fonds de notre littérature populaire.

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Par Birgit Hertzberg Johnsen

Les contes populaires sont des récits libres, purs produits de l'imagination, qui sont passés de bouche en bouche, défiant des générations de conteurs depuis des temps immémoriaux. Ils dépeignent les relations humaines dans un style flattant le goût du merveilleux et riche de symboles. Comme toute bonne littérature, ils puisent aux sources de la vie quotidienne, mais se tiennent toujours en deça de la réalité ou de ce que le commun des mortels considère comme véridique et raisonnable. Ils franchissent souvent les limites du surnaturel et du prodigieux.

Le style des contes

Les contes ont un style et une structure propre. Ils se caractérisent notamment par une formule introductive. Parmi les plus courantes, relevons « Il était une fois... », « Il était une fois un Roi et une Reine... », ou encore « Au temps où toutes les choses parlaient... ».

De même, les contes se terminent généralement par une formule de clôture qui est souvent un moyen de nous faire quitter le monde des chimères et de nous ramener d'un coup de baguette magique à la réalité. De nombreuses sorties de contes prennent la forme de jeux verbaux et de terminaisons rimées liées par la forme du son évoqué au sens du conte qui précède. La plus simple est « Snipp, snapp snute, så er eventyret ute », soit « Trois petits tours et puis s'en vont, et ainsi finit l'histoire ». La formule finale nous indique parfois ce qui s'est passé après que l'histoire principale se fut terminée : « Et s'ils ne sont pas déjà morts c'est qu'ils sont toujours en vie. », ou bien « Et à ce jour, le moulin à sel repose toujours au fond de l'océan et n'a jamais cessé de moudre, et c'est pour cette raison que la mer est salée. »

La simplification et la schématisation sont courantes dans la littérature populaire. Le conte a un nombre limité de personnages : un roi ou une reine, la fille ou le fils d'un roi, trois frères ou bien trois trolls. Les personnages sont d'autant plus schématiques qu'ils ont valeur de modèles. Askeladden, le Cendrin norvégien, est le plus important de tous. Le jeune garçon commence toujours par être un bon à rien, mais il porte en lui des qualités insoupçonnées qui lui permettent, le moment venu, de réaliser de grandes choses. Il attend toujours l'occasion propice pour apparaître et accomplir ce dont personne d'autre n'est capable. On note aussi que les faits sont souvent simplifiés et que, généralement, seuls deux personnages à la fois y prennent part.

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Le conte donne des descriptions courtes et utilise la technique de la répétition pour tenir le lecteur en haleine et donner plus de poids aux passages importants. Le nombre trois est récurrent. Nous rencontrons trois frères, trois filles de roi et trois trolls. Dans le conte Hvidebjørn Kong Valemon (Ours-Blanc Roi Valemon), un ours ravit les trois filles du roi et les emporte successivement trois jeudis soir consécutifs. La répétiton est souvent accompagnée d'une escalade de l'intensité dramatique : le niveau de difficultés et les dangers croissent chaque fois qu'ils sont mentionnés ; le dénouement de l'intrigue à lieu à la troisième reprise. L'histoire commence sereinement et s'achève sereinement. La justice est toujours rendue avec poésie : il va de soi que le bon est récompensé, le méchant puni, et que tout est bien qui finit bien.

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Les divers types de contes

Les contes peuvent être classés en divers groupes, ou même sous-groupes. Nous distinguons généralement trois groupes princi-paux : les contes animaliers, les contes surnaturels et les contes facétieux.

Les contes animaliers ont pour principaux caractères des animaux domestiques et des bêtes sauvages qui sont doués de la parole. Ils se comportent comme les humains, tout en conservant certaines caractéritiques propres à leur animalité. Les contes norvégiens appartenant à ce groupe mettent essentiellement en scène l'ours, le loup et le renard. Certains des contes les plus célèbres sont consacrés uniquement à l'un d'entre eux.

Plusieurs contes retracent l'origine d'un trait caractéristique de l'animal en question. L'une des histoires les plus connues raconte comment le renard incita l'ours à pêcher avec sa queue à travers la glace, et ainsi le dupa. L'eau gelant, la queue de l'ours resta prise dans la glace et lorsqu'il essaya de la retirer vivement pour ramener un poisson à la surface, il la tronqua... et c'est depuis ce temps-là que l'ours a la queue si courte ! Tout aussi populaires sont le récit sur la façon dont le goupil s'y prit pour voler du beurre, ou l'histoire de la souris grise ­ commensale de l'homme ­ et de la souris des montagnes. La guenon de la fable grecque, qui était si fière de ses petits, s'est muée dans le conte norvégien en alouette de mer.

Quant aux animaux domestiques, ce sont essentiellement le chat, la chêvre et la poule qui ont la faveur des conteurs. Une histoire connue de tous les enfants norvégiens, et qui est particulière à la Norvège, raconte les aventures de trois boucs qui, en chemin pour les alpages afin d'y prendre quelques rondeurs, terrassèrent trois trolls ­ De tre bukkene Bruse (« Les trois Bouquet-la-Barbichette »).

Les contes surnaturels, ou contes féeriques constituent le groupe le plus fourni de la littérature fantastique. Ces contes nous parlent d'un monde de créatures qui ont pour nom géant, dragon, troll et sorcière, et d'êtres humains doués de forces surnaturelles. Ils décrivent également des phénomènes prodigieux : des bottes de sept lieues, des créatures de l'invisible, des nappes qui se déploient et se chargent miraculeusement de mille mets, des montagnes de verre, des châteaux d'or et maintes choses tout aussi fantastiques que merveilleuses. Ils se réfèrent à des événements particuliers : un voyage de sept heures à travers sept royaumes, des gens plongés dans un sommeil de cent ans, ou encore métamorphosés en animaux ou en pierres.

Les contes surnaturels ont une structure particulière. Les événements s'enchaînent en séquences se succédant dans un ordre fixé. Ils commencent par un accident, une perte ou une disparition : une princesse a par exemple été enlevée par un troll. Puis le héros ou l'héroïne sont dotés de pouvoirs fabuleux ou bénéficient d'une assistance surhumaine. Ayant absorbé une potion qui le rend invincible, et en mesure de manier une épée magique, Askeladden parvient à faire tomber toutes les têtes de troll.

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Vient alors la séquence où l'on apprend comment la princesse ou l'héroïne rencontre le prince. Mais, par suite de difficultés, le moment qui les réunira est retardé. Le conte se termine par le triomphe du personnage principal sur l'adversité, ou sur tous ses opposants. Il gagne enfin « le cœur de la prinsesse et la moitié du royaume ».

De nombreux contes surnaturels mettent en scène des trolls, ou ont pour motif des métamorphoses. Ces thèmes, qui font souvent l'objet de chants folkloriques, sont très populaires dans la tradition norvégienne. Les histoires de trolls reprennent fréquemment le thème du jeune garçon qui remporte la lutte contre l'imposteur qu'est le Chevalier Rouge, terrasse le troll, conquiert la princesse et la moitié du royaume en prime.

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Les contes de métamorphoses rapportent que des hommes peuvent notamment se muer en animaux. Østenfor sol og Vestenfor måne (« À l'est du soleil et à l'ouest de la lune ») est le plus connu. Ce conte et autres histoires similaires ont leurs origines dans les légendes grecques sur Amour et Psychée.

Au titre des contes qui ont pour motif central l'accomplissement d'une tâche difficile, nous ne trouvons qu'un seul exemple dans la tradition norvégienne : il s'agit de l'aventure de Manndattera og Kjerringdattera (« La fille du mari et la fille de la femme »). Quant aux histoires prodigieuses telles que Bord dekk deg (Que la table soit servie) et Kvernen son står og maler på havets bunn (Le moulin qui ne cesse de moudre au fonds de l'océan) sont les plus connues des contes folkloriques norvégiens.

Les contes facétieux constituent le troisième grand groupe. De façon générale, les éléments surnaturels reviennent moins fréquemment dans le conte facétieux que dans les autres types de conte. En revanche, on ne trouve nulle part ailleurs une récurrence de prodiges et d'extravagances telle que dans les deux contes suivants : Gudbrand i Lia (Gudbrand sur la colline) et Kjerringa mot strømmen (« La femme à contre-courant »).

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Retour aux origines des contes norvégiens

La prolifération de contes et légendes à travers le monde entier prouve que la tradition orale immortalisée par l'écriture est l'une de nos plus anciennes formes d'expression littéraire. Le mot ævintyr (eventyr en norvégien moderne) emprunté au terme du bas latin adventura, qui signifie « événement qui arrive par surprise », apparaît en vieux norrois au XIIe siècle. On rencontre dans la littérature norroise de nombreux traits ou thèmes empruntés aux contes. Dans le prologue de la saga d'Olav Tryggvesson, écrite par Odd Snorrason , on peut lire que « mieux vaut écouter des sagas que des histoires de marâtre, telles celles que les bergers ont l'habitude de conter. Dans ces histoires, il est impossible de faire la part de la vérité. En outre, il est fréquent que le roi s'en tire plutôt mal. »

La saga du roi Sverre montre également à l'évidence que les contes ou récits analogues sur de méchantes marâtres existaient déjà à l'époque où les sagas furent écrites. Le septième chapitre fait le récit du voyage du roi en Värm-land : « Au cours de ce voyage, le roi a dû endurer les pires difficultés. Cela resemblait fort aux vieux récits sur les rapports des enfants royaux avec leurs méchantes marâtres. »

En Norvège, malgré leur ancienneté, ces récits n'ont pas été écrits avant le siècle dernier du fait que les gens lettrés ne les tenaient pas en haute estime. Même le grand écrivain norvégien du XVIIIe que fut Ludvig Holberg était d'avis que les contes populaires était d'un niveau si puéril qu'ils ne devraient jamais sortir des murs de la « neurserie » ; ils devraient purement et simplement être interdits. L'influence du romantisme allemand allait infléchir ce jugement. Les romantiques virent dans la littérature populaire l'expression la plus manifeste de l'âme du peuple.

Les deux ethnologues allemands, Jacob et Wilhelm Grimm, furent les premiers à se rendre compte que les contes populaires n'avaient pas seulement un intérêt artistique mais qu'ils pouvaient aussi avoir une valeur scientifique. Lorsque les deux frères se mirent à collecter les contes allemands en vue de les publier, le souci de fidélité à la tradition populaire fut le fil conducteur de leurs travaux. Les deux premiers collectionneurs de contes du folklore norvégien, en vue de leur publication, Peter Christen Asbjørnsen et Jørgen Moe, poursuivirent leur tâche dans le même esprit que les frères Grimm.

Les recueils de contes d'Asbjornsen et Moe

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Moe

Dès 1840, Asbjørnsen et Moe commencent par publier leurs contes sous forme de petits fascicules. Le premier recueil de contes ne paraît qu'en 1852. L'ouvrage, rédigé dans un style facilement accessible à tous, restitue de façon heureuse et dans un style authentique le contenu des contes. En leur donnant forme, Asbjørnsen et Moe ont concrétisé les contes norvégiens et nous en ont donné une image proche de la réalité quotidienne. Le grand nombre de nouvelles éditions intégrales et de recueils choisis des contes d'Asbjørsen et Moe est devenu l'expression classique de la tradition norvégienne du conte oral. Magistralement illustrés par la suite, ces ouvrages sont représentatifs des divers types de contes norvégiens, non seulement en Norvège mais aussi à l'étranger.

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Leur fidélité aux sources et leur parfaite compréhension de la valeur inestimable des contes font que ces recueils n'ont pas pris une ride. Ils renferment près d'une centaine de types de contes, soit un peu moins de la moitié de tous les contes connus à ce jour. D'un point de vue géographique ils ne reflètent cependant que partiellement la tradition orale norvégienne, car ils comportent essentiellement des contes receuillis en Norvège de l'Est ­ l'Østlandet.

Asbjørnsen et Moe distinguaient nettement de la compilation et de l'écriture des contes l'art de restituer une histoire. Ils s'étaient donné le titre de « Compilateurs et restituteurs ». La restitution impliquait notamment la modification de l'enveloppe linguistique sous laquelle le conte leur avait été présenté. Ils s'efforçaient néanmoins d'en faire une restitution fidèle et les reproduisaient ­ selon leur propres termes ­ « aussi fidèlement que possible de sorte à refléter ce que nous avions entendu de la bouche du conteur... ». La démarche d'Asbjørnsen et Moe consistait à noter succintement la trame de l'intrigue et les répliques, à titre d'aide-mémoire. Ils s'installaient dans une salle de classe avec de bons conteurs, et relataient à leur manière à leur auditoire les histoires qu'ils avaient entendues, comme tout excellent conteur se plaisait à le faire.

Depuis la première parution, leurs contes ont été réédités à maintes reprises, et chaque fois la langue et le style en ont été révisés afin de conserver à l'œuvre toute sa fraîcheur et sa modernité.

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Par la suite, des contes ont été recueillis dans toutes les régions de Norvège et de nombreuses collections ont été éditées, la majeure partie en néo-norvégien ­ seconde langue officielle de la Norvège ­ ou en dialecte. Il existe également un recueil de contes en langue samé (lapon). Mais ces recueils de date plus récente n'ont pas encore réussi à détrôner l'œuvre d'Asbjørnsen et Moe ni par leur popularité, ni par le nombre de leurs lecteurs, et pas plus en Norvège qu'à l'étranger.

Jusqu'à quel point nos contes sont-ils norvégiens ?

Les tentatives faites pour montrer le particularisme norvégien de nos contes ne sont pas toujours très concluantes. Cela est dû à la nature même du conte qui, outre son appartenance nationale, possède aussi un caractère d'universalité. C'est le genre d'expression littéraire le plus cosmopolite qui existe. Les contes sont colportés d'un lieu à l'autre et migrent à travers de vastes régions de la planète. L'étude de recueils de contes d'autres pays révèle l'existence de nombreux traits qui, en fait, pouvaient sembler jusqu'alors ressortir de la spécificité norvégienne.

Il est souvent difficile de faire le départ entre ce qui appartient à la version type d'un conte et ce qui est le fruit de l'évolution du récit dans sa variante norvégienne. Dans une large mesure, tout dépend du style du conteur et du caractère personnel qu'il imprime à la narration.

Le style des contes norvégiens se distingue essentiellement par le caractère objectif de l'écriture. Aussi fantastique soit le sujet, le conteur adopte un style volontiers réaliste. Le cadre et l'atmosphère sont typiquement norvégiens, le roi ressemble à s'y méprendre à un grand propriétaire terrien norvégien et Askeladden, le propre à rien, a tout du fils de métayer. Les illustrations des recueils d'Asbjørnsen et Moe, plus particulièrement les dessins d'Erik Werenskiold, ont donné à nos contes une facture de réalisme et de bon sens paysan toute norvégienne.

Ainsi, les sentiments ne sont que très rarement exprimés dans nos contes, et le narrateur ne manifeste que rarement sa sympathie ou sa commisération pour les personnages. Le style réaliste est avare de détails et les descriptions sont rudimentaires.

Contes et conteurs

Des recherches ont montré que malgré leur qualificatif de « populaires » ou « folkloriques », n'était pas conteur qui voulait. Raconter une histoire exige des dons particuliers, et le conteur peut être en cela comparé à l'artisan. Très peu de conteurs avaient suffisamment de talent pour être capables de raconter des histoires surnaturelles ou des contes féeriques.

Les narrateurs devaient posséder une bonne mémoire et l'art de la narration. Chacun, ou chacune d'entre eux, avait sa touche particulière qu'il ou qu'elle conférait à l'histoire. Un conteur ne raconte jamais la même histoire de façon identique deux fois de suite, et le style narratif varie d'un conteur à l'autre. En conséquence, et par nature, le conte ne peut exister en une version à la fois correcte et unique.

La classe rurale s'est accrochée très longtemps à la vieille culture de la société agraire, et c'est à cette forme de culture que les contes appartiennent. À l'époque où l'on commença de se préoccuper de recueillir les contes, c'est dans les milieux les plus humbles de la société paysanne que l'on trouvait les conteurs. Ils étaient travailleurs journaliers, métayers, domestiques et voyageurs.

Il arrivait qu'il existe un rapport entre le genre masculin ou féminin du conteur et le héros ou l'héroïne du conte. Les conteurs masculins préféraient les histoires dont le personnage principal était un homme. Cela provient très certainement du fait que la narration est une forme d'expression qui permet au narrateur de « se couler » dans un personnage fictif dont il a rêvé d'accomplir les exploits et auquel il peut s'identifier. Par ailleurs, les contes sont également des rêves éveillés, de nature collective. Le conteur trace donc le cadre d'un monde imaginaire dans lequel les auditeurs peuvent aussi trouver leur place.

Les légendes populaires

Les contes constituent une catégorie particulière de la prose populaire et sont par maints aspects proches d'une autre catégorie de cette prose, à savoir les légendes. Mais contrairement aux contes, les légendes exigent que l'histoire ait un rapport avec des faits et décrit les événements de façon à ce que les auditeurs puissent y croire. La légende est en général plus courte que le conte. De plus, elle est soumise à une unité de lieu et de temps.

Dans la littérature régionale ancienne, à caractère historique, nous trouvons à la fois des légendes et des informations sur des légendes. Norske Sagn, le recueil des « Légendes norvégiennes », rédigé par Andreas Fayes et paru en 1833, est le premier essai de publication individuelle des légendes norvégiennes. L'auteur utilisa à la fois des sources orales et des sources

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écrites. Mais il n'est pas arrivé à restituer à travers son style la faconde et l'art du conteur populaire. Dans ses « Contes Fantomatiques et Légendes Populaires » ­ Norske Huldre-Eventyr og Folkesagn ­ , publiés en deux tomes, en 1845 et 1848 respectivement, Peter Christen Asbjørnsen parvint au contraire à rendre ce style narratif avec un art consommé. Sous forme de relation de voyage et de documentaire ethnographique, ces deux volumes contiennent un vaste choix de légendes provenant en majeure partie de la Norvège de l'Est. Depuis, de nombreux autres recueils de légendes de toutes les régions de Norvège ont fait suite aux ouvrages de Fayes et d'Asbjørnsen.

Les légendes mythiques

La nature sous tous ses aspects est une composante des croyances populaires. C'est un thème qui revient également constamment dans les légendes norvégiennes. Encore aujourd'hui, ces légendes demeurent vivaces dans les petites communautés rurales, et certaines sont même connues dans tout le pays. Les légendes inspirées par les phénomènes naturels existent dans tous les pays du monde ; mais un pays rude et à la topographie montagneuse, aussi particulier que la Norvège, était préposé à une tradition orale d'une grande variété. Le paysage est sculpté de structures géologiques aux formes étranges propres à susciter l'imagination populaire. Si une ouverture traverse de part en part un sommet rocheux, comme l'îlot dénommé Torghatten (le chapeau dont on se coiffe pour se rendre au marché), dans la région du Helgeland, il semble qu'une explication du phénomène s'impose ­ ce qui donne naissance à une nouvelle légende.

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Torghatten

Les légendes qui se réfèrent à des êtres surnaturels ou à des esprits comme les vetter sont souvent dites « mythiques ». Les chercheurs crurent d'abord que les êtres surnaturels dont il était question dans les légendes étaient en fait les descendants des anciens dieux, d'où ce qualificatif de « mythiques ». En réalité, une seule légende norvégienne fait référence aux dieux de la mythologie nordique, plus particulièrement au dieu Tor. Non loin du lac Totak, dans le Telemark, se trouve un énorme éboulis de roches, dit éboulis d'Urebø. La légende veut que l'amas de rochers ait été provoqué par Tor lorsqu'il brisa la montagne qui surplombe le site, et que l'avalanche ait rasé une petite ferme qui se trouvait sur son passage.

La littérature populaire traditionnelle offre de nombreuses légendes faisant allusion à des êtres surnaturels. Beaucoup d'entre elles sont liées à la mer, ou évoquent des monstres marins ou lacustres. La plus connue porte sur le gigantesque serpent qui dans des temps lointains hantait le lac Mjøsa. De nos jours, le lac de Seljord est devenu le lieu de prédilection d'un monstre du Loch Ness norvégien ! L'Océan est également habité d'étranges créatures comme le raconte la légende de Draugen ­ le Spectre annonciateur de la mort. Il passe pour le fantôme d'un noyé, ou la personnification de tous les disparus en mer. Draugen est décrit sous l'apparence d'un marin pêcheur décapité et de cuir vêtu. Il navigue sur une moitié d'esquif et se lamente chaque fois qu'une personne est sur le point de se noyer.

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Draugen

Nøkken ­ l'ondin ­ habite les rivières et les lacs. Il est dangereux car il essaye de séduire les gens pour les attirer dans l'eau et, à l'instar de Draugen, il avertit lorsque quelqu'un est sur le point de se noyer. Il personnifie le danger et les désagréments que réserve l'eau. Le peintre Theodor Kittelsen a magistralement représenté l'être malfaisant qu'est l'ondin. Inspiré par plusieurs légendes qui décrivent ses apparitions sous cette forme, il l'a peint notamment sous l'apparence d'un cheval blanc.

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Nøkken

La tradition norvégienne réserve une place importante au génie des cascades, Fossegrimmen le hideux, qui enseigne l'art du violon. Celui qui veut devenir ménétrier doit se rendre à la cascade et porter au fossegrim des mets en offrande. Mais certaines légendes nous apprennent que la tentative peut échouer au moins partiellement si, par exemple, le fossegrim trouve l'offrande trop parcimonieuse. Il se contente alors d'apprendre au candidat violoniste à accorder son instrument, mais non pas à en manier l'archet.

Les montagnes et les bois sont le royaume de nombreuses créatures mythiques. Les légendes évoquent les traces laissées par les trolls, ou les repères dont ils ont jalonné tout le pays. Il arrive que les trolls soient pétrifiés et se confondent avec les rochers, tels Hestmannen, le Cavalier du Nordland, et Vågekallen, le Vieil homme de Vågan. Les empreintes laissées par les trolls sont toujours révélatrices de leur taille, comme en témoignent les formes rocheuses résultant de leurs exploits : Jutulhogget, le Coup de hache du géant de la montagne, dans la vallée Østerdal, ou bien la taille énorme des pierres prétendument lancées par des trolls sur l'une ou l'autre église, ou contre l'un de leurs semblables.

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Jutulhogget

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Hestmannen

Les génies souterrains sont sans aucun doute ceux qui jouent le rôle le plus important dans les légendes norvégiennes. Ils consistent en un vaste groupe de créatures surnaturelles ou vetter, et leurs appellations sont fort nombreuses : bergfolk ou peuple de la montagne, haugfolk ou peuple de la colline, underjordiske, les êtres souterrains, huldrefolk ou les fées des montagnes et des forêts, et les tusser, autre catégorie d'êtres surnaturels vivant sous terre. Leurs racines légendaires les font descendre des enfants qu'Ève a dissimulés à Dieu. Mais ayant découvert la supercherie, l'Éternel proclama que ce qui une fois avait été caché devait une fois pour toutes le rester. Une autre version de leur origine prétend que les êtres surnaturels vivant sous terre sont des anges que le Seigneur a chassé du paradis.

Les créatures surnaturelles souterraines sont en général de moindre extraction que les humains qu'ils envient de vivre « sous le même toit que le soleil ». Elles sont également souvent de moindre taille et s'habillent de bleu et de gris. Leur monde est très semblable à celui des humains : ils élèvent des troupeaux et exploitent des fermes ; sur la côte, ils se livrent à la pêche à bord de navires.

Comme leur nom l'indique, ils vivent dans les entrailles de la terre, ou au plus profond des montagnes, et de nombreuses légendes rapportent qu'on entend parfois la montagne résonner de leur vie souterraine. Il arrive même qu'on les rencontre à l'air libre et que l'on aperçoive leurs troupeaux. Henrik Ibsen puisa abondamment dans ces légendes pour son Peer Gynt.

Les génies féminins des montagnes et des forêts, ou des objets leur appartenant, peuvent surgir dans le monde des humains. Certaines légendes racontent que des hommes ont été mariés à des fées. D'aucuns prétendent être parvenus à s'approprier de précieux objets d'argent, une corne à boire ou une couronne de mariée par exemple, en jetant une pièce de métal sur ces objets, rompant de la sorte le charme sous lequel ils se trouvaient. Nombre de légendes racontent encore l'histoire d'être humains tombés sous l'enchantement de la montagne et disparus à jamais, alors que d'autres ont fini par réapparaître dans le monde réel de leurs semblables.

La tradition légendaire est riche en récits sur les esprits domestiques, les husvetter, qui vivent à la ferme au contact d'une famille, génération après génération. Ils se battent avec les nisser, gnômes des autres fermes, et sont prompts à prendre leur revanche lorsqu'ils ont été l'objet d'un affront. Au demeurant, excellents gardiens, ils surveillent très bien la ferme et les troupeaux, et sont maîtres dans l'art de tresser la queue et même la crinière des chevaux.

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Les légendes historiques

Les sources et les motifs de la plupart des légendes norvégiennes sont d'origine beaucoup plus récente. En fait, le roi Olav Ier Tryggvesson, mort au combat et sanctifié par la suite, est le seul des rois de l'époque médiévale qui soit devenu une figure légendaire dans la mémoire populaire.

Tout le pays parlait de Saint Olav, mais c'est l'aspect légendaire qui prévalait. On raconte que la nature conserve encore des traces de son navire ou de son cheval, qu'il a conféré à de nombreuses sources des pouvoirs surnaturels et qu'il aurait pétrifié les trolls. Il aurait permis la construction d'églises en de nombreux endroits, et aurait même à d'innombrables occasions induit les trolls à en construire pour leur propre usage.

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Les légendes ayant pour thème la « Peste noire », qui s'abattit sur la Norvège en 1349-1350, constituent un deuxième groupe important de légendes médiévales. La Peste noire apparaît volontiers sous les traits d'une vieille femme qui parcourt le pays équipée d'un rateau et d'un balai. Là où elle maniait le rateau, quelques-uns en réchappaient. Là où elle maniait le balai, aucun ne survivait à son passage. Ces légendes constituent en fait une source d'information intéressante sur les effets et l'étendue de l'épidémie.

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La légende de Førnesbrunen de Rauland, dans le Telemark, le cheval qui sans écuyer tirait les cadavres à travers la lande jusqu'au cimetière le plus proche, est particulièrement émouvante. Plusieurs légendes nous apprennent que dans certains hameaux ou dans certaines vallées il n'y avait plus que quelques âmes qui vaillent ­ quand la région n'était pas devenue complètement déserte. L'onomastique nous révèle que beaucoup de noms de lieux ont un lien avec ces légendes. La plus connue d'entre elles, Jostedalsrypa ou « La Perdrix des Neiges du Jostedal », relate la vie d'une fillette restée seule dans la vallée Jostedal, jusqu'au jour où des villageois la découvrent alors qu'elle est devenue aussi farouche qu'un oiseau sauvage.

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Les sagas familiales peuvent être classées dans un troisième groupe. Des sources du XVIIe siècle nous apprennent que les familles paysannes attachaient un très grand intérêt à la généalogie et aux traditions familiales. Erik Pontoppidan, évêque de Bergen, raconte, en 1753 notamment, que les familles rurales « prenaient grand soin de préserver les informations que leur fournissait leur arbre généalogique et transmises par la tradition ». Les légendes généalogiques ont été écrites postérieurement à 1850. Les qualités artistiques des sagas norvégiennes sont loin d'atteindre celles des sagas islandaises. Elles leur sont cependant similaires par le contenu : il s'agit de querelles, de propriétés foncières et de considérations sur les femmes, de meurtres, de vendettas et de hors- la-loi.

Elles mettent en scène les plus grands propriétaires terriens. Nombre d'entre eux sont présentés comme des géants, bannis à la suite d'un meurtre qu'ils auraient commis. Les meilleures sagas claniques et les plus nombreuses viennent des régions intérieures de l'Agder et du Telemark, et des vallées de l'Østlandet.

Quatrième groupe de légendes, celles relatives à l'histoire de communautés rurales, dont la structure est propre à la Norvège ­ le bygd. Elles mettent en scène de hauts fonctionnaires chargés de la police, de la justice et de fonctions notariales, et certains prêtres aux habitudes étranges que les ruraux n'étaient pas près d'oublier. Des membres du clergé en opposition avec leurs ouailles, ou des prêtres réputés pour leurs connaissances de sorcellerie, sont le sujet de nombreuses légendes appartenant à ce groupe.

La légende itinérante

Jamais les ethnologues et autres chercheurs n'ont retenu le caractère d'ancienneté d'un récit pour le classer dans la catégorie des légendes. À une époque cependant, pour la définir, on avait tendance à lier la légende à la notion d'ancienneté, et à prendre en considération son contenu qui mettait habituellement en scène la société paysanne. La structure de la société s'étant, de façon générale, radicalement modifiée en l'espace d'un siècle, la légende traditionnelle s'est elle aussi renouvelée. Prédomine à l'heure actuelle une forme de légende que nous appellerons la « légende itinérante ». Ce genre littéraire est divulgué par les journaux et autres médias. Ces nouvelles légendes ne sont modernes qu'en apparence, en ce qu'elles sont adaptées à notre mode de vie contemporain ; mais en règle générale elles suivent une trame épique traditionnelle.

Nos contemporains croient-ils aux légendes ?

Contrairement aux contes qui se déroulent dans le monde de l'imaginaire, les légendes ont un caractère vraisemblable et font le récit d'événements qui auraient pu avoir lieu. Les études sur ce sujet montrent que certains auditeurs ou lecteurs sont tentés d'y souscrire alors que d'autres se montrent sceptiques. Les légendes se trouvent à la limite entre les connaissances factuelles et les croyances, ou l'imaginaire. Cependant, la croyance ne peut pas entrer dans la définition de la légende car elle est par essence individuelle, et varie donc d'une personne à l'autre. Pour classer un récit dans la catégorie des légendes il convient d'établir des distinctions formelles. La légende est racontée dans un style qui lui confère un caractère véridique : l'histoire est arrivée à une connaissance, elle s'est déroulée dans un lieu déterminé, etc.

Les légendes sont-elles basées sur des événements réels ? C'est une question à laquelle on ne peut répondre que rarement. Le récit donne le sentiment que les faits auraient pu se passer réellement. Mais lorsque le cadre de référence de la légende se modifie, le fondement sur lequel repose la croyance s'en trouve également modifié. Les légendes qui racontaient comment des personnes avaient été attirées dans les entrailles de la terre par des êtres surnaturels pouvaient passer pour vraisemblables auprès des gens aussi longtemps qu'ils croyaient à l'existence de telles créatures. Lorsque ces croyances populaires disparurent, les légendes furent racontées à titre de divertissement sans que l'auditoire n'attachât plus foi à leur contenu.

Les légendes donnent un aperçu de la vision que les conteurs ont du monde. Les chimères comblent les lacunes existant dans le champ des connaissances d'un individu. D'un point de vue stylistique, les légendes ont une forme narrative objective, mais elles sont aussi l'expression des opinions et des valeurs propres au conteur. En outre, du fait quel les légendes reflètent la personnalité des divers conteurs qui les transmettent, une même légende peut avoir donné lieu à plusieurs interprétations, et avoir donc acquis plusieurs significations.

Mme Birgit Hertzberg Johnsen, auteur de cet article, est maître de conférence au Département d'études folkloriques de l'Université d'Oslo.

Rédigé par Nytt fra Norge - mars 1996

Bibliographie de l'auteur:

K. Liestøl: Norsk Folkediktning (Littérature du folklore norvégien), Oslo 1936.
R. T. Christiansen: Norske Eventyr ­ Nordisk Kultur IX (Contes populaires de Norvège ­ Culture nordique IX), Oslo 1931.

R. T. Christiansen & Knut Liestøl: Norske Folkesegner ­ Nordisk Kultur IX (Légendes populaires de Norvège ­ Culture nordique IX), Oslo 1931.
Dimensions du merveilleux/ Dimensions of the Marvellous. Colloque international et interdisciplinaire/ International and Interdisciplinary Congress. Actes ­ Proceedings, Vol. 1-4. Université d'Oslo, Institut d'Études romanes, 23.6 - 28.6 .1986.
(Édition : Juliette Frölich.)

Ouvrages en français

Contes de Norvège - Tome 1,par P.C Asbjørnsen et J. Moe - Edition Esprit ouvert

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« "Le soir venu, elle se couche, et comme les autres fois, un homme vient s'allonger à côté d'elle. Au milieu de la nuit, lorsqu'elle est certaine qu'il dort, elle se lève et allume la bougie. En s'approchant du lit, elle voit alors le plus beau prince qu'on ait jamais vu. il est si beau qu'elle en tombe amoureuse. il lui semble que sa vie va s'arrêter si elle ne l'embrasse pas à l'instant même. En se penchant sur lui, trois gouttes de cire tombent sur sa chemise. il se réveille : - Qu'as-tu fait ? Tu as fait notre malheur ! Si tu m'avais écouté, à la fin de l'année, j'aurais été sauvé. ma belle-mère m'a ensorcelé. Elle m'a condamné à être un ours blanc le jour et un homme la nuit. Je ne peux plus rester près de toi, je dois partir la rejoindre. Elle vit dans un château qui est à l'Est du Soleil et à l'Ouest de la Lune..." Au siècle dernier, plusieurs "folkloristes" , norvégiens dont les plus connus furent Peter Christen Asbjørnsen et Jørgen Moe, exhumèrent de l'âme populaire primitive des contes qui, depuis des temps immémoriaux, se transmettaient oralement de génération en génération. Ces contes connurent auprès du public de tous les âges un immense succès et furent une source inépuisable d'inspiration pour de nombreux écrivains scandinaves comme Henrik Ibsen et H. C. Andersen. » (présentation de l’éditeur)

Traduit par équipe franco-norvégienne sous la direction de Johanne-Magretre Patrix

Contes de Norvège - Tome 2, par P.C Asbjørnsen et J. Moe - Edition Esprit ouvert

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« Tous s'assirent. Il se passa quelques minutes et la plus jeune des princesses dit au garçon : - Halvor, si tu le veux, je peux te nettoyer les cheveux. L'idée lui plut et il plaça sa tête entre les bras de la jeune femme qui se mit à lui lisser les mèches pour en extraire les poux. Très vite, il fut gagné par le sommeil et s'endormit. Voyant cela la princesse lui prit l'anneau lui en mit un autre et dit à ses sœurs : - Tenez-moi bien comme je vous tiens... et faites que nous nous retrouvions au château de Soria Moria. A son réveil, Halvor comprit que les princesses l'avaient abandonné et il se mit à pleurer et à se lamenter. Il était si malheureux que ni les larmes ni les cris ne purent l'apaiser. Ses parents eurent beau faire il resta sourd à leurs prières et il leur fit ses adieux disant qu'ils ne se reverraient sans doute plus car s'il n'arrivait pas à retrouver celles qu'il cherchait la vie ne vaudrait plus d'être vécue."

Au siècle dernier, Asbjørnsen et Moe exhumèrent de l'âme populaire, norvégienne des contes qui, depuis des temps immémoriaux; se transmettaient oralement de génération en génération. Venus d'Inde, d'Egypte et d'ailleurs, ces contes s'étaient si bien adaptés à l'esprit du pays qu'ils avaient fini par renvoyer l'image même de ses paysages, de sa langue, de ses mœurs et de ses mentalités. Dans ce deuxième volume, riche en nouvelles aventures ; nous retrouvons les trolls à trois, six ou neuf têtes, des jeunes filles ensorcelées, et les frères Per, Pol et Askeladd. À la fois paresseux, rusé, aimable et serviable, ce dernier ne perd jamais de vue que la bonté calculée peut être payante et rapporter la main d'une princesse et la moitié d'un royaume. » (présentation de l’éditeur)

Traduit par équipe franco-norvégienne sous la direction de Eva Berg Gravensten

Troll et autres créatures surnaturelles dans les contes populaires norvégiens
par Virginie Amilien - Edition Berg international

Le troll, et les autres créatures extraordinaires des contes norvégiens, ont toujours fasciné sans que l'on connaisse pourtant leur nature véritable. Ce livre propose de partir à la découverte de ces êtres surnaturels afin d'en connaître les aspects, les caractéristiques, les nuances, mais aussi les origines, les multiples significations de leur existence ainsi que leurs influences sur la vie quotidienne. En se fondant sur le merveilleux en Norvège, l'auteur a pu relever quantité d'informations, particulièrement sur le troll, ce qui lui permet de proposer une classification et une description des créatures surnaturelles. Issues des perceptions populaires, de la mythologie et des religions anciennes, teintées par la suite de christianisme, puis marquées par l'utilisation nationaliste du folklore, elles ont traversé les siècles.

Les évolutions culturelles et sociales portent les traces de leur passage et on constate à travers ces créatures une relation fondamentale avec l'Au-delà, la notion de l'âme et celle du destin humain. Leur existence reflète les croyances religieuses populaires avec ses rites et s'exprime par un symbolisme que l'on retrouve tant dans la vie quotidienne qu'au niveau des contes. Le entité mise en valeur à l'époque nationale-romantique, s'est détaché, nettement des autres antagonistes de la mythologie. Il a évolué de manière telle qu'il est devenu un véritable concept. Témoignant de l'importance des créatures surnaturelles dans la tradition norvégienne, il est devenu un symbole du pays au point de représenter certaines valeurs sociales et morales.

Préface de Régis Boyer

« Huttetu ! Ça sent le chrétien ! s'exclame le troll du château de Soria Moria en essayant de pénétrer dans son immense cuisine où se restaure un pauvre mousse en compagnie de la princesse qu'il retient prisonnière... À trois, à six, à neuf et même à douze têtes, les trolls rôdent, toujours à l'affût d'un homme à dévorer. Car, dans les contes norvégiens, l'univers viking et l'univers chrétien se superposent. Les Trolls descendent des géants mythiques que combattaient Odin et les anciens dieux scandinaves, nous explique Nils Ahl, et face à ces créatures aussi puissantes que laides, les chrétiens, les Askeladd et les Halvor, jeunes mousses, paysans, voire bons à rien ne pèseraient pas lourds s'ils n'étaient armés de la ruse et du courage qui caractérisent les héros des contes. »


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