La Norvège

culture, histoire, traditions, actualités...

10 janvier 2008

Tolkien et le Moyen Age, par Leo Carruthers (dir.)

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Bienvenue en Terre du Milieu.

Entrez à votre tour dans les coulisses du Seigneur des Anneaux, dans les secrets de sa création.

Quelle autre oeuvre a jamais été l'objet d'un tel culte ? Quelle autre extraordinaire épopée-monde a suscité un genre, nouveau, à part, singulier qui a nourri la littérature comme le cinéma, la peinture comme la BD, les jeux de rôle comme les jeux vidéo ?

Voici tout, et le reste, sur le monument génial édifié par Tolkien (1892-1973), professeur d'Oxford à la vie tranquille, à la gloire des puissances de l'imaginaire.

Voici, explorées, ses sources d'inspiration, du Kalevala aux romans de la Table ronde, en passant par les légendes germaniques.

Voici, décodée, commentée, expliquée sa réalité foisonnante, avec ses monstres, ses magiciens, sa géographie.

Voici, décryptées, ses langues imaginaires, avec leur grammaire et leur alphabet, ses musiques inventées, avec leurs chants et leurs hymnes.

Voici le plus fantastique des univers jamais créés par un homme.

Pour commander, cliquer ici.

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04 avril 2007

A la recherche des langues scandinaves

Norvégiens, Suédois et Danois disent tous comprendre les langues de leurs pays voisins. En effet, les langues norvégienne, suédoise et danoise sont issues de la même racine, le nordique commun, qui s'est divisé en plusieurs branches à partir de l’ère Viking.

Cette divergence de langues a donné lieu à une exposition qui a tourné dans les bibliothèques scandinaves, où les différences et ressemblances des trois langues ont fait l’objet d'enseignement et de divertissement pour les enfants (à partir de six ans).

Entre autres ressemblances, le phénomène des faux-amis : certains mots sont en effet les mêmes dans les trois langues, mais ils désignent parfois des choses différentes. Ainsi, le mot rolig, ”calme” en norvégien, veut dire ”amusant” ou ”gai” en suédois, alors que les Danois lui donnent le même sens que les Norvégiens.

De la même manière, il existe aussi de nombreux mots et expressions qui résultent d'un mélange des langues, et dans lequel chacune apporte une bribe de sens, permettant ainsi une compréhension entre elles.

Malgré de petites sources de malentendus, les langues scandinaves sont donc suffisamment proches pour permettre une grande mixité des trois nationalités, que ce soit sur le marché du travail ou dans d'autres domaines. Ainsi, Norvégiens, Suédois et Danois travaillent souvent côte à côte dans les entreprises, et dans leurs voyages dans les pays voisins, la plupart des Scandinaves emploient leur propre langue sans hésiter.

Source : Ambassade de Norvège

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28 janvier 2007

A propos de l’année Grieg 2007

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L’année 2007 marquera le centenaire de la mort du compositeur Edvard Grieg, le 4 septembre 1907.

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Edvard Grieg, dont la musique, les propos et les convictions savent encore toucher notre époque, est considéré comme l’un des principaux ambassadeurs de la Norvège – pour lui avoir ouvert plus d'une porte sur le monde, comme sur ses propres profondeurs.

L’un des objectifs de cette année Grieg sera donc de réveiller et de renforcer l’intérêt pour le travail de ce compositeur. La grande diversité d’expositions, de concerts et de séminaires, organisés en Norvège et au plan international permettra, sans nul doute, de remettre à l’honneur ses oeuvres et son message humain.

Mais les célébrations ne se limiteront pas à un regard rétrospectif sur le temps d’Edvard Grieg. Il nous apparaît tout aussi important de faire en sorte que sa musique et ses idées soient revisitées sous le jour d’une esthétique moderne, et d’une vision actuelle de la société. Un certain nombre de jeunes artistes et musiciens participeront aux manifestations de ce centenaire, sous la forme de présentations traditionnelles de l’oeuvre de Grieg, mais aussi de travaux menés dans leurs propres formes d’expression, inspirées des faits et gestes du compositeur.

Ces célébrations se décomposeront en trois volets, visant, indépendamment comme de façon globale, à réactualiser et revitaliser l’héritage de Grieg :
   
•    Grieg humaniste
•    Grieg compositeur
•    L’Echantillonneur Grieg

C’est à l’association Grieg 07 que revient la tâche d’initier, de coordonner et de réaliser les différentes manifestations marquant le centenaire. Cette association, fondée en mai 2006 par la commune de Bergen, est dirigée par un conseil de neuf membres, présidé par M. Herman Friele, maire de Bergen. L’équipe de gestion comprend Mme Ragna Sofie Grung Moe, Directrice, et M. Are Frode Søholt, coordinateur du projet.

Les célébrations ont été dotées d’un budget de 12 millions de couronnes, auquel ont principalement contribué l’Etat norvégien, la commune de Bergen et le département du Hordaland. Le Ministère des Affaires étrangères collabore avec l’association Grieg07 pour les manifestations prévues hors de Norvège.

Principales manifestations de l’année Grieg :

27 janvier : concert d’ouverture à Tromsø, dans le cadre du ”Nordlysfestival”. Participation des orchestres symphoniques de Tromsø et Kristiansand.

1er mai : vernissage d’une nouvelle exposition au Musée Edvard Grieg.

23 mai – 5 juin : Festival de Bergen, ”Sur les traces de Grieg”.

15 juin : Festivités à Oslo, à l’occasion du 164ième anniversaire de la naissance du compositeur. Spectacles à l’auditorium de l'Université et au Parkteatret. Participation de l’Orchestre de chambre de Norvège (Det Norske kammerorkester) et du Choeur de solistes norvégien (Det Norske Solistkor).

4 septembre : Concert anniversaire à Troldhaugen – la maison d’Edvard Grieg, près de Bergen – avec le Choeur de solistes norvégien.

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6 septembre : Concert de gala à Grieghallen, à Bergen, avec l’Orchestre Philharmonique de Bergen.
13 septembre : ”Speilbilde av Grieg” (Grieg en reflets), à Grieghallen, avec l’Orchestre philharmonique de Bergen.

3 – 15 septembre : Festival de septembre Edvard Grieg – Concerts, ateliers, séminaires sur le thème ”musique et identité”.

Par ailleurs, des manifestations diverses et nombreuses sont programmées hors de Norvège, sous l’égide de l’association GRIEG07. Les principaux pays concernés sont le Brésil, la France, l’Allemagne, le Japon et la Russie.

Plus d'infos en anglais : cliquez ici

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24 septembre 2006

Les trolls

La maison des NOKKEN (le lutin de l'eau) se trouvait parmi les lacs profonds. Sur les récifs et sous les chutes tu pouvais trouver le FOSSEGRIMEN, un brillant joueur du violon special des TROLLS, qui est devenu le maître de beaucoup de violonistes norvégiens.
HAUGTUSSER et IUFTEKALLER (elfes et fées) vivaient sur les collines et sous les buissons. D'autres fées préferaient la proximité de l'homme, et pendant la nuit restaient dans les greniers et les étables. S'appelaient NISSER et ils portaient de longs chapeaux rouges avec la forme d'une chaussette.
Dans les nombreuses montagnes demeuraient les TROLLS, dont le chef - qui était le plus fort - était le DOVREGRUBBEN (le roi du Mont Dovre).


Quelques TROLLS étaient des géants- sur leurs têtes et leurs nez poussaient des plantes et de la mousse - d'autres TROLLS étaient très petits. On pouvait voir des TROLLS avec deux ou trois têtes, quelqu'un d'entre eux avait seulement un oeil, juste au milieu du front. Tous pouvaient vivre quelques centaines d'années. Tu pouvais les observer seulement pendant la nuit, parce qu'ils n'aimaient pas la lumière du jour.

S'ils ne rentraient pas sur leurs montagnes avant l'aube, ils se transformaient en pierre. Bien qu'ils eussent un aspect humain, leurs mains et leurs pieds avaient seulement quatre doigts. Les TROLLS avaient de longs nez, et les mères TROLLS les utilisaient pour mélanger le bouillon ou la soupe d'avoine. En outre, les TROLLS étaient rêches, hirsutes et brutes, et tous avaient une queue couverte de poils. Parmis leurs grands pouvoirs surnaturels il y avait le pouvoir de se transformer. Les "TROLLES" (Hulder) savaient se transformer en filles d'une incroyable beauté, mais sous leur vêtements merveilleux il y avait toujours une queue; les hommes (paysans, bûcherons et princes) tombaient amoureux grâce à leur beauté jusquà quand ils ne levaient leur jupe... et voyaient la queue. Dès lorsla magie se terminait et elle se retransformaient en douces (mais pas si séduisantes) "TROLLES".

Aujourd'hui il faut être bien disposés envers les TROLLS, parce qu'on ne sait pas quand on va les rencontrer. La prochaine fois que tu marches dans un bois sombre ou sur des montagnes imposantes avec des lacs et cascades enveloppées dans le brouillard, alors il faut que tu te rappelles qu'ils n'ont pas de mauvaises intentions. Mais fait attention, au crepuscule tu ne seras plus seul: il y aura toi et... les TROLLS.

Laids, sympas, tendres et aggressifs, romantiques et sportifs, rêveurs et joyeux. ils représentent tous les aspects de l'homme: chaque personne peut trouver des traits de sa personalité dans un TROLL. C'est dans leur nature d'être très timides et fuyants. Ils aiment la tranquillité et vivre en harmonie avec la nature. Ce sont des habitants des bois très ingénus et doux, mais la légende nous dit qu'ils se fâchent beaucoup contre ceux qui ne respectent pas leur habitat.


Le TROLL se soucie beaucoup de son milieu. Ayez soin de la nature, nimporte où vous alliez ou faissez: cherchez à la protéger. Il s'agit du lieu où vivent les TROLLS. En échange, ils vous seront obligés. Ayez soins d'eux: ils resteront près de vous pour beaucoup de temps et vous porteront bonheur.

La tradition dit que, quand un TROLL entre dans une nouvelle maison pour la première fois, il doit rester au moins 24 heures fermé dans un armoire, une table de nuit ou un meuble quelconque. De cette façon il s'habituera au nouveau milieu.

Quelques caresses, deux mots chuchotés à l'oreille, et votre TROLL vous sera obligé... :-)

source : http://www.troll.it/fra/troll_storia.asp

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23 avril 2006

Edvard Grieg

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Edvard Grieg (1843-1907) est le plus grand musicien à qui la Norvège ait donné le jour. On pourrait s'étonner qu'un pays qui ne jouissait alors ni de son indépendance nationale, ni de longues traditions musicales ait pu produire un génie de cet éclat. Jusqu'en 1814 en effet, la Norvège fait partie intégrante du royaume de Danemark et son centre intellectuel est Copenhague. De 1815 à 1905, le pays se voit imposer, contre son gré, une union avec la Suède. La première moitié du XIXe siècle est placée sous le signe de la pauvreté. La Norvège ne revendiquera que bien plus tard sa place parmi ses frères scandinaves. Mais de telles circonstances, par leur rudesse même, sont peut-être idéales à l'éclosion des vrais talents.

Par Harald Herresthal

À l'automne de 1858, Edvard Grieg, alors âgé de 15 ans, se rend à Leipzig pour y étudier la musique au Conservatoire de la ville. Il y suit l'enseignement des plus grands maîtres et quitte quatre ans plus tard l'institution avec un solide bagage d'instrumentiste et de compositeur. Pendant les années suivantes et jusqu'en 1866, Grieg vit à Copenhague, qu'il ne quitte que pour de brefs voyages d'études. Dans la capitale danoise, il prend conseil auprès du célèbre compositeur Niels W. Gade, qui l'encourage à écrire une symphonie. Cette oeuvre, exécutée à plusieurs reprises, Grieg la reniera par la suite. « Ne doit jamais être jouée » : cette mention barre la partition. Malgré l'interdiction, cette symphonie a été remise au répertoire voici quelques années et gravée sur disque. L'¦uvre de jeunesse de Grieg résiste à l'examen et permet aujourd'hui de mieux mesurer l'évolution artistique et musicale de son auteur.

La Symphonie en ut mineur témoigne à la fois de la maîtrise technique et de l'inspiration du compositeur. La Sonate pour piano et la Sonate en mi majeur pour violon de 1865, toutes deux d'excellente facture, confirment ce sentiment.

Dans un premier temps, Grieg appuie son langage musical sur la tradition romantique allemande. Au fil du temps, le sentiment d'une appartenance nationale s'impose à Grieg, qui ressent un désir croissant de créer un style typiquement norvégien. Ses amitiés et ses contacts avec d'autres jeunes Norvégiens apportent à cette question une actualité brûlante. À Copenhague, Grieg fait la connaissance de Rikard Nordraak (1842-1866), qui a mis en musique l'hymne national norvégien. Comme compositeur, Nordraak n'a pas l'envergure de Grieg, mais il est le fougueux porte-parole de ceux qui désirent créer une musique fondée sur les anciennes mélodies populaires. Quand en 1866, Edvard Grieg s'installe à Christiania (aujourd'hui Oslo), il y subit l'influence d'un autre compositeur, Otto Winter-Hjelm (1837-1931). Winther-Hjelm conçoit avec une grande clarté comment les éléments de musique populaire peuvent constituer la base d'un langage musical national élargi. Ludvig Mathias Lindeman (1812-1887) mérite d'être mentionné, lui aussi. Il a collecté les airs populaires norvégiens qui ont été la substantifique moelle du Grieg compositeur. Plus tard, Grieg découvrira et tombera sous le charme des airs folkloriques dans leur milieu d'origine. En effet, une transcription d'un air populaire ne rend qu'imparfa itement compte de l'atmosphère, des rythmes et des harmonies envoûtantes qui naissent sous les doigts des musiciens traditionnels.

Désireux de vivre de son art en Norvège, Grieg se consacre essentiellement à ses activités de concertiste et de pédagogue dans la capitale norvégienne. La composition, il s'y adonne pendant les vacances d'été. Au cours de ces années, il déploie une activité considérable. C'est grâce à lui que la capitale se dote d'un ch¦ur et d'un orchestre, dont la permanence relative lui permet de parfaire son art de l'orchestration. Au cours d'un été passé au Danemark, Grieg, alors âgé de vingt-cinq ans, achève son premier grand chef d'o¦uvre, le Concerto pour piano en la mineur. Ce concerto s'est petit à petit imposé comme le symbole même de la conscience norvégienne. Aujourd'hui, il fait partie du ré pertoire international pour piano. Il ne se passe pas un mois sans que -- quelque part dans le monde -- ce concerto ne trouve le chemin du public. Et chaque fois, l'interprète comme les auditeurs l'associent à la Norvège. Quoique ce concerto ait été influencé par des modèles européens, Grieg est parvenu à fondre ses impressions dans le creuset de la musique populaire norvégienne. Ce concerto témoigne de sa perception de la nature et du peuple norvégiens. Avec les années, la musique de Grieg s'est identifiée à la voix de la Norvège.

Déjà du vivant de Grieg, l'impression prévalait qu'un lien très particulier unissait sa musique, d'une part, les paysages et le mode de vie de son entourage, de l'autre. Son premier biographe, Aimar Grønvold, contribue à renforcer cette impression en relatant un fait dont il a été le témoin. Un jour d'été des années 1880, Grønvold passe en bateau devant le petit hameau d'Ullensvang, dans le Hardanger. Il aperçoit la mince silhouette d'Edvard Grieg marchant à pas rapides le long du fjord, à Lofthus, dans les rochers et les éboulis. Il se dirigeait vers une petite éminence sur laquelle s'élevait le modeste chalet qu'il avait fait construire pour pouvoir y composer. Ce chalet -- une seule pièce en vérité -- surplombait le fjord, dans l'exquise beauté d'Ullensvang. Sur la rive opposée du Hardanger profond et sombre, les cimes du glacier de Folgefonna scintillaient au soleil. Chaque été, parfois aussi l'hiver, Grieg venait y chercher le calme et la paix dont il avait besoin pour composer. Au c¦ur de cette nature incomparable, dans un paysage norvégien grandiose, il avait installé son piano et son pupitre. Tel un nouvel Orphée, il jouait en harmonie avec la flore et la faune, avec les paysans dont le dialecte rapide et sonore chantait à ses oreilles, il vibrait à l'unisson du paysage fascinant et changeant du Hardangerfjord. Grønvold en conclut qu'il existe un lien puissant et indissoluble entre le milieu dans lequel Grieg écrit et la musique qu'il compose. Il est presque impossible d'écouter Grieg -- au concert ou dans un salon -- sans sentir la brise légère et fraîche qui monte des eaux bleues, sans entrevoir l'éclat des glaciers, sans entendre l'écho des montagnes abruptes et de la vie des fjords de la Norvège occidentale, ce pays où le musicien est né et qu'il a tant aimé parcourir.

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Cette image romantique du compositeur, de son environnement et de son art n'est cependant qu'une partie de la vérité. Grieg n'eut pas le succès facile. Sa vie fut un combat dans lequel il connut succès et revers. De 1860 à 1870, il lui faut travailler d'arrache-pied pour faire vivre sa famille, comme chef d'orchestre, chef de choeur, enseignant et.. interprète. Ces efforts sont reconnus par ses contemporains, mais le succès du compositeur se fait attendre auprès des musiciens et du public. Ses harmonies paraissent dissonantes et peu orthodoxes à un public qui tente encore de comprendre la musique de Beethoven et de Mozart. Il lui est impossible de rester longtemps dans un tel milieu sans perdre sa verve artistique. Les peintres norvégiens, Hans Gude en tête, avaient, plusieurs années auparavant, tiré les conséquences logiques de la situation culturelle du pays. Chaque été, au c¦ur des montagnes, ils faisaient des croquis et les esquisses des tableaux que, l'automne venu, ils allaient achever à Düsseldorf, où ils trouvaient preneurs. Les poètes Bjørnstjerne Bjørnson et Henrik Ibsen étaient eux aussi contraints d'aller régulièrement se ressourcer en Allemagne, en France ou en Italie. Grieg choisit lui aussi ce mode de vie. Il se résout à composer sa musique dans son pays natal, mais dépend pour son inspiration des grands centres musicaux européens. Pour pouvoir vivre de ses compositions, il lui faut un marché plus vaste que la Norvège et la Scandinavie. Les dix albums de pièces lyriques -- imprimés chez Peters à Leipzig, à l'atmosphère simple et intime, ont beaucoup contribué à faire connaître et apprécier son nom, car ils figurent en bonne place dans tout foyer européen doté d'un piano. Ses oeuvres pour piano lui valent de son vivant le surnom de « Chopin nordique ».

En 1869, bénéficiant d'une bourse de l'État, Grieg se rend en Italie. Sa rencontre avec Franz Liszt et les cercles artistiques de Rome renouvellent son inspiration et lui redonnent confiance. Il revient à Christiania en 1870, débordant d'enthousiasme et d'énergie nouvelle. Il entame alors une collaboration féconde avec Bjørnstjerne Bjørnson, qui attendait depuis des années l'artiste capable, par la musique, de donner une nouvelle dimension à sa poésie et à son théâtre. Le premier fruit de cette coopération est le poème Devant un couvent du sud pour soprano, alto, choeur de femmes et orchestre, en 1871. Encouragé par le succès, Bjørnstjerne Bjørnson se lance l'année suivante dans un poème dramatique, Bergliot. Le rude réalisme du livret incite Grieg à user d'un langage musical beaucoup plus audacieux qu'auparavant. Au printemps 1872, Bjørnson et Grieg présentent un autre fruit de leur collaboration, la pièce intitulée Sigurd Jorsalfar. La recherche délib érée des racines et de l'identité nationales dans un passé nordique se poursuit avec Olav Trygvason. Le projet initial était de créer un drame musical monumental, mais Bjørnson n'ira jamais au-delà des trois premières scènes. L'¦uvre restera à l'état de fragment, mais la musique de Grieg nous donne une idée du magnifique opéra national que la Norvège a ainsi perdu. Le projet doit être abandonné. Nouveau défi, Henrik Ibsen lui demande de composer la musique de scène de Peer Gynt. La tâche n'est guère facile, mais sa partition s'impose comme l'¦uvre majeure des années 1870. Du vivant de Grieg, la musique de Peer Gynt connaît un succès international, essentiellement sous la forme des deux suites pour orchestre qu'il en tire et qui lui ouvrirent les portes des salles de concert.

Én 1874, Grieg se voit attribuer une bourse d'État annuelle qui va lui permettre de subvenir à ses besoins sans devoir enseigner ni diriger. Il déménage à Bergen, sa ville natale. Toutes les conditions d'une période faste et féconde semblent réunies. Il n'en sera rien. Bien au contraire, ce seront des années de dépression, traversées par des crises tant personnelles qu'artistiques. La lutte que mène Grieg pour la surmonter enfantera des oeuvres profondes, émouvantes et de haute qualité. La très belle Ballade en sol mineur pour piano et quatuor à cordes reflète le tumulte de son âme et les affres de sa lutte pour une perfection de forme et d'expression.

Au fil des ans, le rythme de son écriture ralentit. Chaque oeuvre nouvelle ne parvient à maturité qu'à l'issue d'une longue et douloureuse genèse. C'est de cette période que date Ravi par la montagne pour baryton, deux cors et cordes ainsi que la plupart des chants de Vinje, suivies par les Danses norvégiennes pour piano à quatre mains et la célèbre suite Au temps de Holberg pour cordes. De 1880 à 1882, Grieg dirige « Harmonien », un orchestre de Bergen, mais abandonnera par la suite toutes ses fonctions officielles.

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En 1885, Grieg s'installe dans sa nouvelle demeure, « Troldhaugen », aux abords de Bergen, où il résidera avec sa femme Nina jusqu'à sa mort. Grieg partage les vingt dernières années de sa vie entre son ¦uvre de compositeur et de longues tournées de concerts en Europe, ce dont souffrira sa santé délicate. Sa renommée de compositeur s'y verra en revanche confirmée. Ces années verront cependant la naissance de la Sonate en do mineur pour violon et pi ano et des Chants de Haugtussa, d'une importance indéniable, composés sur des textes de Arne Garborg. Les Slåtter pour piano (opus 72), occupent une place toute particulière par leurs audaces harmoniques très en avance sur leur temps. Cette remarque s'applique aussi au dernier chef-d'¦uvre qu'il mènera à bien, Quatre psaumes, ¦uvre pour ch¦urs mixtes inspirée de mélodies folkloriques norvégiennes. Ses dernières adaptations d'airs populaires norvégiens révèlent sa parfaite compréhension de la mélodie populaire et de son essence.

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La musique de Grieg a connu une popularité immense. Au tournant du siècle, elle est jouée dans le monde entier, dans les plus grandes salles de concerts comme dans les cafés et les restaurants. Un succès public aussi éclatant s'accordait en fait assez mal avec l'image romantique de l'artiste tourmenté, souffrant pour son art. Les auteurs de musique légère s'approprièrent nombre des innovations harmoniques de Grieg, ce qui ne pouvait à long terme que le desservir. À l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort, en 1957, des critiques affirment que le nom de Grieg ne cesse de perdre son éclat au firmament de la musique sérieuse. Le pendule de l'histoire s'est depuis remis en mouvement, à l'avantage cette fois du compositeur. Nombre d'¦uvres de musique romantique connaissent une renaissance, et celles de Grieg en font partie. Elles sont toujours jouées en concert dans le monde entier. Des partitions longtemps considérées comme mineures sont aujourd'hui souvent redécouvertes et réhabilitées par une nouvelle génération de musiciens.

Plusieurs musicologues ont mis en lumière l'importance des dernières oeuvres d e Grieg sur les recherches des Impressionnistes français pour créer un nouvel univers sonore. Quand Maurice Ravel visite Oslo en février 1926, il déclare que « la génération de compositeurs français à laquelle j'appartiens s'est sentie fortement attirée par sa musique. Aucun compositeur ne me paraît plus proche que Grieg -- si ce n'est Debussy.»

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Béla Bartók qui, au XXe siècle, cherche à renouveler l'écriture musicale à partir de la musique populaire, s'est lui aussi inspiré des adaptations pour piano de Grieg, réalisées à partir d'airs folkloriques.

L'objectif d'Edvard Grieg a été de créer une musique nationale qui confirme l'identité du peuple norvégien, et c'est pour cela qu'il a servi d'exemple à d'autres compositeurs. Mais son oeuvre transcende le nationalisme. Grieg a su évoquer des sent iments et des idées dans lesquels le reste de l'humanité pouvait se reconnaître, auxquels chacun pouvait s'identifier. Au-delà de son cadre national, Grieg s'impose comme un compositeur universel.

Nytt fra Norge - 1996 - ODIN

Liens internet :

Troldhaugen - La maison de Nina et Edvard Grieg

Biographie

Article encyclopédique

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02 mars 2006

Le brunost

C'est un fromage à base de lait de chèvre à pâte dure et compacte.

Une invention norvégienne
D'où vient le brunost ?Au cours de l'été 1863, Anne Haav,employée d'une laiterie de la vallée de Gudbrandsdalen,fit une expérience qui déboucha sur une importante innovation. Elle fabriquait du fromage au lait de vache lorsqu'elle eut l'idée d'ajouter de la crème au petit-lait avant de le faire bouillir. Elle obtint un fromage à pâte brune, succulent et gras. Plus tard, d'autres personnes ont commencé à faire la même chose avec du lait de chèvre ou avec un mélange de lait de chèvre et de lait de vache. En 1933, le roi de Norvège remit la médaille du mérite à Anne Haav, alors très âgée, pour son invention.
De nos jours, il y a quatre sortes principales de brunost : l'Ekte Geitost, " vrai fromage de chèvre ", fabriqué uniquement avec du lait de chèvre ; le Gudbrandsdalsost, du nom de la vallée d'origine, le plus courant, qui contient 10 à 12 % de lait de chèvre, le reste étant du lait de vache ; le Flotemysost, au petit-lait enrichi à la crème, fait uniquement au lait de vache ; et le Prim, un fromage à pâte molle et brune, issu de la transformation de lait de vache, auquel on ajoute du sucre. Il est bouilli moins longtemps que les autres sortes. La teneur en matières grasses, la consistance et la couleur (plus ou moins foncée) du fromage dépendent de la proportion de petit-lait, de crème et de lait, et du temps d'ébullition. Si le brunost est unique, c'est parce qu'il est fait à partir du petit-lait, et non de la caséine du lait. C'est pourquoi il contient une bonne partie du sucre présent dans le lait, ce qui lui donne un petit goût sucré et caramélisé.
Pour des milliers de Norvégiens, le brunost n'est pas une simple gourmandise, mais un élément incontournable de leur alimentation quotidienne.

Source norvege-fr.com

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24 octobre 2005

Les Stavkirker

Les églises de bois-debout de Norvège

Le christianisme qui s'est répandu en Norvège voici un bon millier d'années représente la première influence directe d'une culture européenne. Sa rencontre avec le fonds nordique préchrétien n'a pas été sans tensions, qui ont laissé des traces profondes dans la société norvégienne. Les églises témoignent de ce choc culturel.

Même si aucune des vingt-neuf églises de bois debout que la Norvège compte à ce jour n'appartient à la première génération, nous savons maintenant que les églises érigées au XIe siècle ­ période appelée le temps des missions ­ étaient étroitement apparentées aux premières églises de bois debout, des bâtiments de bois dont les murs étaient formés de poteaux et de planches dressés verticalement. Les poteaux étaient plantés dans des trous creusés dans le sol. Ils constituaient ainsi un squelette porteur qui assurait l'indispensable rigidité de l'ensemble. Leur principal inconvénient ne pas offrir une protection suffisante contre la pourriture. Les fouilles archéologiques ont dégagé des rangées de trous profonds contenant des restes de bois spongieux, le seul témoignage direct de ces églises de première génération ­ et de leur destin.

Ces églises archaïques ne semblent pas avoir survécu plus d'un siècle. Dès le XIIe siècle, le besoin de bâtiments plus résistants a dû se faire sentir. Plutôt que de planter poteaux et planches directement dans le sol, on préféra les encastrer dans des sablières elles-mêmes posées sur des fondations de pierre. Ainsi surélevés du sol, les murs furent protégés de la pourriture. Cette solution s'est avérée si efficace que des bâtiments de bois édifiés dans les années 1100 sont parvenus intacts jusqu'à nous.

C'est à leur technique de construction que les églises de bois debout doivent leur nom: les murs sont constitués de palis et poteaux dressés verticalement, encastrées ­ en bas ­ dans une sablière rainurée et ­ en haut ­ dans une panne. A chaque coin, un poteau cornier s'encastre sur la sablière et la panne pour assurer une liaison rigide. Le mur se compose ainsi d'un cadre rigide sablière ­ poteaux corniers ­ panne rempli d'une palissade de planches verticales. Les sablières porteuses des quatre murs constituent un cadre horizontal rigide qui porte l'édifice. Les pannes constituent un deuxième cadre rigide au haut du mur, qui porte la charpente du toit.

Il existe ainsi de nombreux types d'églises de bois debout qui toutes ont en commun d'être constituées de palis dressés verticalement. Le type le plus répandu est un édifice simple de taille modeste avec une nef et un choeur plus étroit. Un type encore plus simple est l'église dite longue dont la nef et le choeur constituent un bâtiment de largeur égale couvert par un toit dit en bâtière, courant sur toute la longueur de l'édifice. Dans ces églises, le choeur a été séparé de la nef par une cloison percée. Le type le plus imposant et aux formes les plus avancées est représenté par l'église de Borgund. Elle est pourvue d'une nef et d'un choeur plus étroit, terminé par une abside en demi-cercle. Dans ce type d'église, la partie médiane de la nef, du choeur et de l'abside est plus élevée que les parties extérieures appelées collatérales. (Attention à ne pas confondre ces collatérales avec les galeries extérieures qui ceinturent le bâtiment. Ces galeries entourent souvent tous les types d'églises et ne sont donc pas caractéristiques d'un type précis). La partie médiane surélevée de la nef est portée par des colonnes indépendantes espacées d'environ 2 m et placées environ 1 m en retrait des poteaux porteurs extérieurs, délimitant ainsi la partie médiane et les collatérales.

Certaines églises de bois debout n'ont qu'un pilier central jusqu'au faîte. Ces églises dites à pilier central ressemblent plutôt aux églises archaïques avec nef et choeur plus étroit, mais leur charpente est plus élaborée.

Les églises de bois debout sont des constructions de superbe facture, richement sculptées. Presque toutes les églises s'ouvrent sur un portail dont l'extérieur est sculpté sur toute la hauteur. Cette tradition décorative semble provenir des ornements animaliers de l'ère viking. Les dragons en sont le motif préféré et s'y développent en créatures fantastiques aux membres interminables. Les volutes végétales s'y mêlent aux entrelacs et aux bouquets de feuillages élaborés. Ces compositions luxuriantes sont exécutées de main de maître et élèvent ces portails au rang de chefs d'oeuvre de l'art national. Il serait pourtant difficile de prétendre que le message de ces portails est d'essence chrétienne.

L'intérieur des églises de bois debout était sombre. A l'origine, les seules sources de lumière sont les petites ouvertures circulaires percées dans la partie supérieure du mur de la nef. Elles ne dispensent qu'une faible lueur. Les sculpteurs chargés des décorations intérieures n'y ont toutefois pas trouvé un prétexte pour ménager leurs efforts. Dans certaines églises, les colonnes s'achèvent par des chapiteaux qui rappellent ceux des églises de pierre romanes. On a visiblement voulu parer les églises de bois d'éléments empruntés au style des chefs-d'oeuvre de pierre contemporains. L'admirable ossature de bois des églises, dictée par les caractéristiques techniques du matériau, garde toutefois sa pleine originalité.

Eglise de Haltdalen

La plupart des églises de bois debout de Norvège étaient de petits édifices d'une grande simplicité, avec une nef courte prolongée par un choeur plus étroit. Elles étaient couvertes de bardeaux, les murs et les toits étaient enduits de goudron. A l'intérieur, l'église était ouverte jusqu'au faîte. Ces églises étaient de taille modeste. Mais bientôt, en raison de la généralisation de l'usage des bancs et de l'accroissement constant du nombre des paroissiens, ces bâtiments ne suffisent plus à leur fonction. La plupart des églises de ce type ont donc été rasées, certaines ont été remaniées et agrandies. L'église de Haltdalen a été transportée au musée des Arts et traditions populaires du Trøndelag à Sverresborg près de Trondheim où elle a été restaurée dans son état d'origine.

Eglise de Reinli

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L'église de Reinli dans le Valdres date du XIIIe siècle. Une abside a été ajoutée au pignon est au choeur. Une galerie ceint tout l'édifice. A l'origine, l'édifice est une petite église de type long avec nef et choeur de même largeur sous un haut toit à bâtière. Un lanterneau octogonal s'élevait jadis au milieu du toit. Les cloches de l'église sont maintenant pendues dans un campanile qui surmonte la porte du cimetière. Le choeur et la nef étaient jadis séparés par une cloison percée d'une ouverture étroite. Cette cloison a été supprimée vers 1700 à l'occasion de l'installation d'un nouvel intérieur. Un ancien tabernacle a été reconverti en retable. Les 12 croix de consécration peintes sur les murs intérieurs de l'église sont encore visibles aujourd'hui.

Eglises à pilier central

Les dessins tentant de recréer l'église de Nes dans le Hallingdal, démolie en 1864, montrent une église de bois debout de construction originale. Un pilier central planté au milieu de la nef porte la flèche et constitue la colonne vertébrale de l'ossature de l'église. L'église d'Uvdal dans le Numedal est l'une des rares églises à pilier central encore intacte. La photographie de l'intérieur prise en direction du choeur montre le pilier central et les contrefiches de l'enrayure. Les murs et plafonds ont été peints d'un décor luxuriant dans les années 1650. Une bande portant des citations bibliques partage le décor mural en un champ inférieur à arcades et un champ supérieur à rinceaux, fleurs et fruits.

Eglise de Borgund

L'église de Borgund fait partie du type d'églises de bois debout les plus grandes et les plus élaborées. La haute partie médiane de la nef est portée par une colonnade de poteaux indépendants étayés entre eux et épaulés par les murs des collatéraux plus bas. A l'extérieur des collatéraux, une galerie extérieure éclairée par de petites ouvertures en mini-arcades ceinture l'édifice. Devant les portails de l'église, la galerie s'élève en ouvertures cintrées menant au cimetière. Les toits de l'église s'élèvent sur trois niveaux. La flèche située à la croisée du transept est elle aussi dotée d'un toit à trois niveaux. Les cloches de l'église se trouvent dans un campanile situé au sud du cimetière. Les plus grandes des églises de bois debout ont été construites sur le même principe que celle de Borgund. Quinze d'entre elles sont parvenues jusqu'à nous. La plupart d'entre elles ont été remaniées et agrandies au fil des siècles, mais l'église de Borgund se dresse aujourd'hui dans l'état qui fut le sien lors de sa construction il y a 800 ans.

Eglise de Lom dans le Gudbrandsdal

L'église de Lom dans le Gudbrandsdal date des années 1200 et est du même type que celle de Borgund. Un peu plus vaste, elle a en outre été prolongée vers l'ouest et dotée d'un transept et d'une flèche élancée au XVIIe siècle. Tous les toits et murs de l'église sont enduits au goudron et se parent de riches nuances de brun sur un décor d'un vert luxuriant. La nef est parcimonieusement éclairée par de petites ouvertures circulaires haut placées. L'église fait toujours office d'église paroissiale. Son superbe intérieur est décoré de riches sculptures polychromes typique de cette vallée.

Les portails des églises de bois debout

Les bâtisseurs d'églises de bois debout ont été des architectes et charpentiers de talent. Ils ont aussi été des maîtres de la sculpture sur bois. Ils ont décoré les portails des églises de sculptures qui surpassent tout ce qui a été créé plus tard dans ce domaine.

Eglise d'Urnes

Si l'église de bois debout d'Urnes dans le département du Sogn remonte à la deuxième moitié du XIIe siècle, son portail est vieux d'un siècle. Un quadrupède assailli par des dragons en est le motif principal. Le fronton de ce portail représente l'affrontement de ces dragons. Les anneaux en forme de huit des dragons et serpents constituent ainsi le motif directeur de cette composition. Oeuvre d'une grande pureté et d'une facture raffinée, elle puise directement aux sources de l'art viking.

Eglise d'Ål

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Lors de sa construction vers la fin du XIIe siècle, l'église d'Ål (vallée du Hallingdal) est dotée d'un portail principal d'une qualité exceptionnelle. Des dragons dans le style du portail d'Urnes serpentent entre des entrelacs de tiges et de feuilles pour former des tresses quasi-inextricables. Les poteaux d'angle du portail sont couvert d'une véritable résille végétale. Les chapiteaux qui les surmontent sont ornés de deux lions aux aguets qui suivent d'un oeil vigilant les allées et venues des paroissiens. Des restes de peinture indiquent que le portail était jadis polychrome. Lors de la démolition de l'église en 1880, le portail a été transféré au musée d'histoire de l'université d'Oslo. L'auteur de cet article, l'architecte Håkon Christie, est chargé de recherches à l'Institut norvégien de recherches sur les arts et traditions populaires.

Rédigé par Nytt fra Norge - 1996 - par Håkon Christie

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10 septembre 2005

Les Eddas

Jadis, les mythes nordiques étaient transmis par voie orale. Lors de la christianisation, les traditions ne furent pratiquement plus perpétuées car l'Eglise œuvra pour effacer le Paganisme des mémoires. Malgré cela, certains fragments de mythes survécurent et par la suite l’écriture latine fut utilisée pour les conserver. Ces éléments de mythologie et d’antique savoir sont connus sous la forme de deux récits islandais nommés Eddas. Aucune étymologie précise de ce nom n’est déterminée. Edda pourrait être un prénom féminin, bien attesté dans la littérature Norroise dont le sens est "aïeule". Edda signifierait donc "Mère de tout savoir".

L'EDDA POETIQUE


Page du Codex Regius

C’est un recueil de poèmes mythologiques et héroïques transmis principalement par le Kónungsbók Eddukvæða ou Codex Regius (livre Royal). Il fut rédigé durant la deuxième moitié du XIIIème siècle, rappelons que les poèmes Eddiques remonte à une tradition orale souvent mal interprétés par les transcripteurs monothéistes. Ce Codex Regius contient plus de trente poèmes, soit aujourd'hui quarante cinq pages. Huit feuillets manquent à ce livre, perdus entre le XVIème et XVIIème siècle, ils comprenaient les légendes de Sigurð (en Allemand Siegfried) et des Völsungar (en Allemand Wälsungen). Ce manuscrit fut offert en 1662 au Roi Frédéric III du Danemark (d’où le nom de Codex Regius) puis légitimement restitué à l'Islande en 1971.

L'EDDA DE SÆMUNDR

Appellation erronée de l'Edda Poétique. Lorsque le surintendant protestant Brynjólfr Sveinsson de Skalholt prit possession en 1643 du Kónungsbók Eddukvæða, il l’attribua à tort comme l’œuvre du savant Islandais Sæmundr Sigfússon Inn Fróði (1056-1133). Cette erreur fut maintenue jusqu'au XVIIIème siècle.

L'EDDA EN PROSE (ou Edda de Snorri)

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La Statue de Snorri à Bergen

Ce livre fut rédigé vers 1200 par Snorri Sturluson, né en 1179 à Hvammur, homme politique et savant descendant d'une famille les plus influente d'Islande, il fut nommé lögsögumaðr (homme qui dit la loi), fonction la plus importante du pays, de 1215 à 1219 et de 1222 à 1231. Il mourut assassiné à Reykjaholt en 1241. Snorri eut aussi un rôle majeur dans la littérature puisqu'il est l'auteur de la Saga de saint ólafr (ólafssaga), de l’Histoire des Rois de Norvège (Heimskringla) et d'autres œuvres dont l'Edda en Prose.

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Cet ouvrage est en quelques sortes un manuel de mythologie Païenne et d'art Scaldique. Il faut cependant noter que cette Edda, compte tenu de la date de son écriture, 200 ans après la christianisation, est vraisemblablement imprégnée de la nouvelle religion. Cette Edda n’en demeure pas moins la source la plus importante de la mythologie Germano-Scandinave. Sans Snorri, la pérennité des mythes et croyances Païennes n’auraient pas été aussi forte et la connaissance sur le peuple d’Europe du nord resterait obscure. Il est probable que Snorri écrivit ce livre parce qu’il pressentit la disparition irrémédiable de l’héritage de ses ancêtres. L’Edda Prosaïque est composée de trois parties dont la première est Gylfaginning (la Fascination de Gylfi).

On y trouve une présentation des Dieux et description de la création du monde jusqu’à sa chute. Snorri décrit aussi la manière dont le Roi Suédois nommé Gylfi se rend sous le pseudonyme de Gangleri à Asgarðr (Résidence des Dieux, là où se trouve Valhöll, la grande salle des Guerriers morts au combat, Iðavöllr la plaine mythique, ainsi que l'Hliðskjalf d'où óðinn / Wotan domine le monde du regard) pour y faire la connaissance des Ases et y apprendre leur Sagesse (les Ases sont les membres de la plus grande des deux familles de Dieux Nordiques, essentiellement ceux de la guerre et de la souveraineté, comptant parmi celle-ci óðinn, Þhórr / Thor, Heimdallr, Tyr, Viðarr, Baldr mais également Loki et d'autres. L'autre famille est celle des Vanes, Dieux de la fécondité dont font partie entre autre Njörðr, Freyr et Freyja). La seconde partie se nomme Skálskaparmál (science de la poésie). C'est un traité d'art scaldique où Snorri relate également de nombreux mythes afin d'expliquer les Kennigar mythologiques (Kenning au singulier) ou circonlocutions (périphrases) poétiques qui enferment la notion d'un code fréquemment insaisissable sans connaissances spécifiques. Par la même les Kennigar livrent une indication essentielle quant au niveau de culture mythologique des poètes mais aussi de leur public. Enfin, la dernière partie est Háttatal (dénombrement des mètres). Dans cette partie, Snorri offre un commentaire sur la métrique Norroise. On y trouve cent deux strophes en cent mètres différents.
Les Eddas sont partie intégrante du patrimoine Européen. Il est primordial de connaître cet Héritage.

A lire :

-  L'Edda Poétique, textes présentés par Régis Boyer. Edition Fayard.
- L'Edda, Récits de Mythologie Nordique par Snorri Sturluson, collection L'aube Des Peuples. Edition Gallimard. (Traduction F. X. Dillmann)
- Légendes de la Mythologie Nordique, par Jean Mabire. Edition l'Ancre de Marine.

Pour plus d'informations, lire l'article sur la mythologie norroise, dans la catégorie "Culture et Patrimoine"

Liens:

Biographie de Snorri Sturlusson

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05 septembre 2005

Les Norvégiens et la Nature

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Le culte de la nature est une composante essentielle de l'identité norvégienne. Plus d'un habitant sur deux passe ses vacances au chalet. Dans les écoles, le ski est obligatoire. Et les cartes postales illustrées privilégient les paysages et curiosités naturelles.

par Thomas Hylland-Eriksen

Il suffit de voir Oslo un week-end d'hiver pour se rendre compte que l'amour que les Norvégiens portent à la nature n'est pas un mythe qu'entretiendrait l'Etat ou l'Office du tourisme. Si Londres ou Paris enregistrent dès le vendredi soir un afflux de visiteurs venus jouir des galeries, restaurants, théâtres et autres cinémas, à Oslo, le mouvement s'inverse. Les trains à destination des collines boisées qui entourent la ville sont pris d'assaut. Oslo est au niveau de la mer, et en quelques kilomètres, le chemin de fer s'élève de plusieurs centaines de mètres pour atteindre les stations populaires de Holmenkollen ou de Frognerseteren. Dans un pays aussi peu peuplé que la Norvège, la foule qu'on y côtoie étonne. Les voitures tournent à la recherche d'un stationnement, les fondeurs en pantalons et anoraks rouges et bleus s'élancent sur un réseau complexe de pistes de difficulté et de longueur variées, toutes entretenues par les deniers publics. On le voit, le ski est une activité de masse qui jouit d'une exceptionnelle popularité.

Même si l'exemple du ski peut paraître trop parfait, il est incontestable que la nature est une composante essentielle de l'identité norvégienne. En voici quelques illustrations.

Le culte du chalet de montagne

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"Maisons et chalets, point de châteaux", l'adage est repris au vers de l'un des grands poèmes nationaux.

L'auteur souligne par là que la Norvège est un pays sans snobisme et sans grandes différences de classe, un pays de gens simples, durs à la tâche, proches de la nature et de ses rythmes.

Il y a pourtant des lunes que les Norvégiens ont, dans leur immense majorité, cessé de dormir dans des cabanes de rondins ou de frêles chalets. La Norvège est riche comme Crésus, et le niveau des logements, l'un des plus élevés au monde. Les Norvégiens vivent pour la plupart en maison individuelle ou dans un appartement cossu doté de tout le confort moderne. Cela ne les empêche pas de valoriser la proximité de la nature et les charmes de la vie rustique. Signalons pour l'anecdote, qu'Arne Næss, le philosophe le plus connu du pays et fondateur du mouvement "deep ecology" passe une bonne partie de l'année dans un chalet spartiate, perdu dans les montagnes entre Oslo et Bergen. De très nombreux Norvégiens passent leurs week-ends et leurs vacances dans le chalet familial, qui doit idéalement se situer dans l'isolement le plus total, au coeur d'un paysage de montagnes vertigineuses. En général, l'endroit est inaccessible en voiture. Les derniers deux ou trois kilomètres se font à pied l'été, à ski l'hiver.Ce chalet est sans eau courante. On tire l'eau du puits ou de l'étang. Dans certains cas, on l'emporte de chez soi, dans des jerrycans. Jugée trop douillette, la douche y est inconnue. Le chalet sera de préférence privé d'électricité, même si la vérité oblige à admettre qu'un chalet sur deux est relié au réseau. Le chalet typique est une cabane en rondins qui comprend un séjour, une ou plusieurs chambres à coucher, un appentis extérieur abritant les toilettes, une soupente à bois et un coin cuisine. Le chauffage est au bois, quoique le mazout soit toléré dans certains cas. Lampes à pétrole et bougies doivent suffire à éclairer les longues nuits d'hiver.Cette sobriété ne s'explique pas par un souci d'économie. Bien au contraire, un chalet de montagne bien situé représente un investissement coûteux, même si l'équipement est minimal. L'absence de confort moderne s'explique par l'idéologie et l'éthique, non par l'économie. (Précisons que de nombreux Norvégiens ont opté pour le chalet en bord de mer, de préférence dans une région tempérée, et que les règles y sont tout autres; il est communément admis que ces chalets-là soient de confortables résidences secondaires.)

Le chalet est le point de départ de la randonnée; à ski l'hiver, à pied l'été. Il est absurde ­ voire immoral ­ de rester une journée entière confiné au chalet. La détente, c'est pour le soir où l'on joue aux cartes devant la cheminée et ­ peut-être ­ un petit verre, si l'on est vraiment rompu par les efforts du jour. Simplicité et rusticité sont les maîtres mots de la vie en chalet, même si les transistors font peu à peu partie du paysage. En revanche, une télévision provoquera une avalanche de propos acides.

Quant au magnétoscope...

La montagne à Pâques

Les vacances de Pâques servent de cadre à une autre utilisation du chalet. En Norvège, l'hiver commence à lâcher prise vers Pâques et il ne reste que le ski d'altitude. Cela ne modère en rien l'enthousiasme des très nombreux Norvégiens qui recherchent précisément ces conditions; les hôtels de montagne affichent complet et sont réservés longtemps à l'avance par les familles qui ne possèdent pas leur propre chalet. Par beau temps, ce qui n'est pas si rare, les rayons du soleil traversent l'air raréfié des sommets et sont immédiatement réfléchis par la neige. Ces dernières années, la presse a souvent dénoncé les méfaits ­ cancer ­ du bronzage intensif en montagne. Reste que l'on peut toujours voir au hâle de ses voisins s'ils ont passés leurs vacances en montagne ou non. Et les randonnées à ski dans l'intense lumière pascale, le sac à dos garni d'oranges et de chocolat ­ solide ou liquide ­ sont pour bien des Norvégiens l'une des expériences les plus gratifiantes qui soient.

Statistiquement, cette transhumance précoce ne concerne qu'une minorité de la population, et la tendance est à la baisse. En 1996, seuls 13 % de la population ont fait ce choix. La montagne à Pâques occupe néanmoins une place à part dans l'idée que les Norvégiens se font d'eux-mêmes. L'événement est devenu le symbole même de la qualité de la vie.

Certains pourraient être surpris de la réaction d'un peuple qui, au sortir d'un hiver long et froid et aux premiers signes d'un printemps pourtant attendu avec impatience, déploie tant d'activité à rechercher les derniers ubacs enneigés. Pour l'humoriste Odd Børretzen, il y a de l'inconscient là-dessous. La présence humaine en Norvège remonte au dégel qui a suivi la dernière grande glaciation. Les nouveaux venus ont accompagné vers le nord le recul du front des glaciers, une région lisière particulièrement giboyeuse. L'auteur avance donc que les Norvégiens, poussés par un atavisme ancestral, s'obstinent à suivre ce recul glaciaire, une théorie qui ne risque guère d'obtenir l'aval de la communauté scientifique.

Randonnées en forêt et en montagne

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Dans les petites annonces "rencontres" de la presse locale, les personnes à la recherche de l'âme soeur précisent avec une régularité métronomique que les "randonnées en forêt et en montagne" comptent parmi les activités favorites. Cet argument autopromotionnel est bien plus répandu qu'un intérêt déclaré pour la musique classique ou le roman, par exemple.

Les randonnées en forêt et en montagne permettent de "s'évader", selon l'expression consacrée. On quitte la civilisation, son confort et ses dépravations pour s'approcher de son moi intérieur, pour se réaliser dans la plénitude de son authenticité humaine. Si la randonnée peut être pratiquée en soirée après le travail, elle reste indissociablement liée au week-end. Pour juger de la réussite d'une sortie, il suffit de compter les personnes croisées en chemin. Plus ce nombre est bas, plus la réussite est éclatante.

Une autre valeur généralement associée à ces sorties est le silence ­ l'absence libératrice du fracas pernicieux des villes, de la cacophonie humaine. Cette quête de silence est volontiers expliquée par une volonté de contemplation, par la recherche d'une sérénité de l'âme.Le culte norvégien de la nature présente ainsi de nombreuses facettes. Il est officialisé et par là même, politique. Les espaces vierges sont un symbole national. C'est aussi un culte privé, qui s'insère dans les rituels familiaux, comme la vie en chalet. Il est en outre personnel et individuel. Sur ce plan, le culte de la nature s'apparente indubitablement à une religion. S'il est vrai qu'en Norvège, la religion d'Etat est le protestantisme luthérien, le culte de la nature est lui aussi largement répandu. Et plutôt que de prendre ses distances face à cette résurgence païenne, l'Eglise luthérienne s'est parée de ses séductions. C'est ainsi que les publications chrétiennes s'ornent souvent en couverture de motifs naturels. Autre aspect, la nature est tenue en haute estime par le clergé fonctionnarisé, qui y voit un lieu idéal de méditation et de recueillement. Alors qu'il se fonde sur la dichotomie entre nature et culture ­ la nature est mauvaise, l'homme naît pécheur de la nature ­, le christianisme local parvient de la sorte à éviter une confrontation directe avec une idéologie norvégienne, puissante elle aussi, selon laquelle nature et culture ne sont que les deux faces d'une même médaille. Certains ont même prétendu ­ sans doute par goût de la provocation ­ que la croix chrétienne du drapeau national ne symbolisait pas la passion du Christ mais bien deux skis posés à angle droit.

La nature dans l'affirmation de l'identité nationale

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Pour comprendre l'exceptionnelle position qu'occupe la nature dans l'identité norvégienne, il ne suffit pas d'en appeler au climat ou à la géographie. Il faut remonter à la création de l'identité nationale, dont la phase d'affirmation par excellence est le XIXe, siècle qui verra émerger la Norvège moderne. Au début du siècle, la Norvège se retrouve unie contre son gré à la Suède, qui lui laisse pourtant le champ libre dans la plupart des domaines. Auparavant, la Norvège avait été intégrée au Danemark. La langue écrite était le danois et Copenhague était la ville phare de presque tous les intellectuels. Au XIXe, le courant nationaliste traverse l'Europe entière, se renforçant même après les révoltes de 1848. De nombreux peuples soumis ou relégués cherchent à se définir comme nation et luttent pour l'autodétermination.Dans ce processus, une étape importante consiste à cerner une culture nationale, différente de celle des voisins et capable d'unifier en un peuple l'ensemble des habitants ayant une histoire, une tradition et un esprit (Geist) communs. Pour les nationalistes norvégiens, il est donc de première importance de démontrer que la Norvège diffère profondément de la Suède et du Danemark. Or les trois pays ont un passé colonial, et leurs langues et cultures sont étroitement apparentées. A cette époque, nombreux sont d'ailleurs ceux qui pensent que Danois, Suédois et Norvégiens ont tant de points communs qu'ils constituent en fait une seule nation scandinave, vision que les nationalistes norvégiens combattront férocement.

Hélas pour eux, la Norvège est alors un pays pauvre et sous-peuplé, aux marches du continent et pratiquement dépourvu de hauts-faits historiques ­ militaires, culturels et économiques ­ susceptibles d'alimenter l'iconographie nationale. Le seul monument du pays est la cathédrale gothique de Nidaros (Trondheim), chef-d'oeuvre catholique que la Réforme a rendu à jamais inutilisable comme symbole national. Les plus audacieux de ces architectes nationaux n'hésitèrent pas à remonter plus loin dans le temps, prétendant que les Norvégiens d'aujourd'hui sont les héritiers directs des fiers Vikings, mais l'argument ne suffit pas à fonder une nation.

C'est alors que la nature ­ et son culte ­ fait son entrée. Ce que la Norvège manque en richesses culturelles est contrebalancé par une surabondance de paysages variés, impressionnants et majestueux. Les bardes nationalistes se mettent à l'oeuvre et consacrent leurs vers à la louange des montagnes et des espaces infinis, les peintres montrent une nature sauvage et indomptable... L'identité nationale norvégienne se cristallise peu à peu autour d'un mode de vie fondé sur la proximité, le respect et l'amour d'une nature (norvégienne) essentiellement montagneuse et subarctique qui exige de ceux qui tentent d'y survivre une débauche de courage, de force et d'endurance. Dans cette nouvelle perspective, les Danois et les Suédois font figure de peuples urbains décadents et efféminés, contrastant avec le nouvel idéal national du Norvégien d'une intrépide robustesse, en prise directe sur le réel et épris de ses âpres paysages.

Les vastes terres vierges de la Norvège deviennent ainsi la poutre faîtière de la construction nationale. Le slogan de la nouvelle nation est d'ailleurs "Unis et loyaux jusqu'à ce que s'effondre Dovre", référence directe à un massif montagneux de la Norvège centrale, et non par exemple "Unis et loyaux jusqu'à ce que s'effondre le Storting (parlement)".

Nansen

Dans sa récente biographie de Fridtjof Nansen, Tor Bomann-Larsen écrit que la nation norvégienne a été édifiée sur la seule personnalité de l'explorateur polaire.

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F. Nansen

L'affirmation est certes discutable, mais il ne fait guère de doute que Nansen ait été le premier et principal moteur de l'identité nationale moderne, avec ses composantes de vie au grand air et d'environnement rude et inhospitalier. L'exploit le plus célébré de Nansen est la première traversée du Groenland à ski. Ses activités d'explorateur sont elles aussi indissociablement liées à la pratique du ski et aux conditions climatiques extrêmes. Même si d'autres avaient préparé la voie, Nansen s'impose vers la fin du XIXe comme le prototype de l'explorateur intrépide. Il est le premier à prouver que la pratique du ski et le culte de la nature peuvent fonder une politique. Le rêve de Nansen ­ qui se soldera par un échec il est vrai ­ n'était-il pas de fonder des colonies norvégiennes dans ces régions polaires qu'il avait été le premier à explorer ?

Sports d'hiver

Parmi les anoraks et culottes de golf qui envahissent les forêts pendant les week-ends se détachent aussi quelques tenues collantes révélant des cuisses musclées ­ masculines et féminines ­ montées sur des skis aussi fins que coûteux. Ils sont l'apanage d'une élite sportive qui va plus vite et plus loin, rêvant de médailles d'or et de gloire nationale.

Dominant la ville d'Oslo ­ à quelques pas des pistes ­ se découpe la silhouette du Holmenkollen Park Hotel. Ce centre de conférences très apprécié est aussi le lieu de prédilection où les Norvégiens invitent leurs collègues et relations de l'étranger. Le Holmenkollen Park est richement pourvu de symboles nationaux: il est construit dans un style romantique national dit "aux dragons", est entouré de forêts de sapins, les employés sont vêtus de costumes nationaux, le restaurant propose du filet d'élan et de la confiture d'airelles et est décoré de coffres polychromes aux motifs dits "à la rose". Le premier intérêt de l'hôtel est pourtant une série de salons de réception baptisés des plus grands noms du panthéon norvégien et abondamment décoré de photos de ces mêmes célébrités. On y trouve ainsi le patineur Oscar Mathiesen, la patineuse artistique Sonja Henie et le skieur Thorleif Haug, pour ne citer qu'eux. "Pas de généraux ?" s'étonneront certains hôtes venus d'ailleurs. La réponse est non. Le ski ­ et dans une moindre mesure le patin ­ occupe une place à part dans la sphère publique norvégienne. Il y supplante même le football, sport planétaire s'il en est. C'est que le ski s'inscrit dans la pensée qui a porté Nansen. S'il n'a pas su doter la Norvège de nouvelles colonies, s'il n'a pas eu de pouvoir politique réel, Nansen est un élément important de la fierté norvégienne. Lorsque des athlètes norvégiens triomphent dans de grandes compétitions internationales, le pays se hausse symboliquement au rang de grande puissance. Cela aussi, c'est à Nansen qu'on le doit.Si Nansen avait traversé le Groenland à vélo plutôt qu'à ski, il est fort possible que les sports d'hiver n'auraient pas acquis cette prééminence symbolique. Il n'est pas sûr du tout que l'expression "Les Norvégiens naissent les skis aux pieds" serait aussi répandue qu'elle ne l'est aujourd'hui. Car de nos jours, c'est bien par la pratique du ski que l'on devient culturellement norvégien. Les journées de ski scolaire ont valeur de rite de passage, comparables à la participation obligatoire aux célébrations annuelles de la Constitution de la mi-mai.

La pureté norvégienne

Au début des années 70, l'opinion publique commence à s'inquiéter des pluies acides qui menacent les lacs de pêche et les forêts de conifères. Aussitôt, les autorités norvégiennes montrent du doigt les industries britanniques et allemandes. D'une manière générale, elles n'avaient d'ailleurs pas tort, l'avenir allait le confirmer.

Cette attitude, selon laquelle la pollution et les déchets viennent de l'extérieur alors que la Norvège elle-même est propre, est extrêmement répandue. Elle a fait une réapparition remarquée en 1994, à l'occasion du débat sur l'adhésion de la Norvège à l'Union européenne. Les organisations agricoles norvégiennes ont alors affirmé que les produits norvégiens étaient plus sains, plus naturels que ceux des Etats membres de l'Union. Que les faits aient dans la plupart des cas démenti ces accusations n'a pas empêché les partisans du non de l'emporter.

La Norvège est un pays de villes, mais elles ne distinguent guère des celles des pays voisins. La Norvège possède de profondes forêts, mais elles couvrent aussi la Suède et la Finlande. La Norvège est même par endroits un pays de plaines agricoles et son archipel côtier peut être ­ les deux mois d'été ­ un paradis des vacanciers et des baigneurs. Mais ces paysages n'ont rien d'exceptionnel.

La Norvège se distingue par ses fjords et ses montagnes. La promotion des jeux d'hiver de 1994 a confirmé l'image que l'industrie touristique et les autorités norvégiennes avaient choisi de donner du pays pour y attirer les visiteurs. Les cassettes vidéo distribuées aux chaînes étrangères avant les J.O. présentaient la Norvège comme un pays d'immenses espaces blancs, d'animaux sauvages, de skieurs solitaires et de rustiques chalets de rondins.

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Et la vie urbaine ?

Résumons. L'identité nationale norvégienne est intimement liée à la démesure des paysages naturels, de préférence hivernaux. Mais les faits sont têtus. La plupart des Norvégiens vivent en ville ou en agglomération, la Banque mondiale avançant le chiffre de 75 %. La seule région d'Oslo, la plus dense, compte 1,5 million d'habitants, chiffre élevé lorsqu'on le rapporte à la population totale de 4,5 millions. Les statistiques révèlent aussi que la vie quotidienne des Norvégiens ne diffère guère de celle des autres Européens. Ils boivent du café de Colombie, du jus d'orange de Floride, du thé de Ceylan et des vins d'importation. Ils portent des costumes et des jeans, roulent en voiture de marque étrangère (mais consommant du carburant local) et consacrent grosso modo leurs journées aux mêmes occupations que leurs voisins européens. Ils souffrent des mêmes problèmes de racisme et de xénophobie que les Allemands, les Anglais et les Français. Le nombre de chasseurs est modeste et celui des agriculteurs de montagne, microscopique. Faudrait-il en conclure que la Norvège n'a rien de spécial, comparée au reste de l'Europe ? Ce serait trop simple. L'identité nationale n'est pas tant liée au mode de vie réel qu'à des valeurs culturelles et des représentations partagées par une même communauté humaine. L'idéologie norvégienne dominante associe l'originalité et l'identité nationales à la pureté de la nature, aux valeurs égalitaristes, au dépouillement et à la blancheur de l'hiver. Elle se confirme dans la pratique par les rituels décrits ci-dessus: les sorties à ski, les randonnées en forêt et en montagne, la vie en chalets, les vacances pascales et autres activités du même tonneau. Cette idéologie aurait été inutilisable dans une optique nationaliste si elle avait, par exemple, mis en avant la vie urbaine à Bergen ou à Oslo, puisqu'elle n'aurait alors pas réussi à démarquer les nationaux des autres. Toute symbolique nationale vise à mettre en évidence les particularismes. Et quand les sheiks arabes du pétrole s'habillent en bédouins, ils véhiculent la même symbolique nationaliste que lorsque les sheiks norvégiens du pétrole revêtent, en certaines occasions, les atours des paysans du XVIIIe siècle.

L'iconographie officielle de la Norvège pure et naturelle s'accorde donc assez mal avec la vie quotidienne de la plupart de ses habitants, qui ont sans doute bien plus de points communs avec les autres peuples européens modernes. Les Norvégiens roulent en voiture et regardent la télévision, mangent des pizzas surgelées et travaillent sur écran informatique, mettent des costumes et boivent du café.

L'iconographie officielle de la Norvège ­ paysages subarctiques purs et vierges ­ s'accorde en revanche très bien avec l'image que les Norvégiens se font d'eux-mêmes. C'est pour cette raison que les habitants de la capitale quittent leurs appartements douillets pour partir dans les forêts de Nordmarka affronter pour quelques heures la neige et les frimas. S'ils le font, c'est pour confirmer qu'ils sont ­ envers et contre tout ­ norvégiens.

Thomas Hylland Eriksen, né en 1962, est professeur d'anthropologie sociale à l'université d'Oslo et rédacteur du magazine Samtiden. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le nationalisme, les relations ethniques et les changements culturels, dont Typisk norsk: Essays om kulturen i Norge (Typiquement norvégien: Essais sur la culture en Norvège -1993).

Rédigé par Nytt fra Norge - 1996

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04 septembre 2005

Edvard Munch

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(1863-1944)

Le peintre norvégien Edvard Munch est considéré comme l'un des précurseurs de l'expressionnisme. Son talent s'est imposé d'emblée en Allemagne et en Europe. Au fil des ans, son originalité et son rayonnement ont fait de lui une figure de proue de l'art mondial. Sa production des années 1890 est aujourd'hui largement connue et ses oeuvres ultérieures sont l'objet d'un regain d'intérêt. Quant aux artistes contemporains, ils reconnaissent l'inspiration qu'ils puisent à la source de son oeuvre.

par Frank Høifødt

Enfant de la capitale, Edvard Munch est le fils d'un médecin militaire profondément religieux et peu argenté. Son oncle, P.A. Munch, est un historien réputé. Si l'ouverture à la culture a pu déclencher la vocation artistique d'Edvard, son environnement familial ­ éminemment morbide ­ l'a sans nul doute nourrie. Jugez-en. Sa mère, pourtant de vingt ans la cadette de son mari, meurt alors qu'Edvard n'a que cinq ans. Sa soeur aînée, quinze ans à peine, est emportée par la tuberculose. Sa soeur cadette est diagnostiquée «mélancolique». Son frère Andreas sera le seul des cinq enfants à se marier... pour décéder quelques mois après la cérémonie.

Réalisme

Après deux ans sur les bancs des Arts et Métiers, Munch se lance avec sérieux dans la voie artistique. Il étudie les classiques, s'inscrit à l'Ecole royale de dessin et devient le disciple de Christian Krogh, le plus grand peintre naturaliste du pays. Ses premières oeuvres s'inspirent du réalisme français. D'emblée, son talent séduit.

En 1885, Edvard Munch effectue un bref voyage d'étude à Paris. La même année, il s'attelle à une oeuvre maîtresse, La Jeune Fille malade. Abordant un thème déjà traité par son mentor, Munch marque une coupure radicale avec le réalisme. Pour Munch, le sujet n'est autre que sa soeur Sophie. Il travaille longtemps à cette toile, à la recherche d'une «impression originelle» et d'une forme capable de restituer son expérience personnelle, aussi douloureuse fût-elle. Dédaigneuse de la stylistique de son temps, sa composition s'approche de celle des icônes. La texture grossière des surfaces révèle ici les tours et détours du processus créateur. La toile est très mal accueillie par la critique.

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Les principales oeuvres des années suivantes seront d'une structure formelle moins provocante. Nimbée du néoromantisme ambiant, Inger à la plage (1889) révèle le talent lyrique de Munch. La toile est peinte à Åsgårdstrand, petit village près de Horten, sur les rives du fjord d'Oslo. On y voit le littoral typique de cette région, dont les courbes sinueuses constituent l'un des leitmotivs essentiels de la sémantique de l'artiste.

La bohême de Christiania

En 1889, Edvard Munch peint le portrait de Hans Jæger, père spirituel de la bohême de Christiania. En fait, Munch fréquente Jæger et son milieu d'anarchistes révolutionnaires dès 1885. C'est un tournant décisif. Ces contacts seront à l'origine d'un intense débat intérieur... et de conflits déchirants. A cette époque, il s'attelle à une vaste (auto)biographie, tâche qu'il remettra plusieurs fois sur le métier au cours de son existence. Ces notes lui serviront plus tard à donner consistance aux thèmes majeurs des années 1890. A l'instar de Jæger, Munch s'efforce de donner une image vraie des frustrations et des souffrances de l'homme moderne: il veut «peindre sa vie».

France

A l'automne 1889, Munch expose à Christiania. L'événement lui vaut une bourse d'artiste «public», renouvelée trois ans de suite. Edvard la met à profit pour se rendre à Paris, où il travaille brièvement sous la direction de Léon Bonnat. Il découvre aussi le milieu artistique parisien, dont il gardera un souvenir plus durable. L'époque est en effet au postimpressionnisme, et les expériences antinaturalistes abondent. Pour Munch, c'est une libération. «La photographie ne peut faire concurrence à la palette et au pinceau, écrit-il, tant qu'elle ne peut servir au ciel et en enfer».

C'est à Paris que Munch apprend la mort de son père. De l'avis général, la solitude et la mélancolie dont témoigne Nuit à Saint-Cloud sont l'expression de ce deuil. Dans une palette exclusivement bleue, la toile esquisse la silhouette d'un personnage solitaire assis à la fenêtre d'un intérieur, perdu dans l'obscurité. Cette toile toute en nuances ­ non sans évoquer le chromatisme nocturne de James McNeill Whistler ­ est une oeuvre moderne et originale, symptomatique d'une «décadence» fin de siècle.

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Nuit à Saint-Cloud

Au Salon de Christiania en 1891, Munch expose entre autres Mélancolie. Ici, les grandes lignes en arc et les larges touches de couleurs homogènes dominent, avec un dépouillement et une stylisation qui s'apparentent à ceux de Paul Gauguin et des synthétistes français. «Symbolisme -­ la nature est formée par l'état d'âme de l'observateur» écrit Munch.

C'est à cette époque qu'il peint les premières esquisses du Cri. Parallèlement, il réalise aussi plusieurs toiles impressionnistes, presque pointillistes, inspirées des bords de la Seine et de Karl Johan, les grands boulevards d'Oslo. Mais c'est la vision de l'âme qui intéresse Munch, et non celle des yeux.

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Le Cri est souvent considéré comme la première toile expressionniste. C'est le paradigme de cette «peinture de l'âme», chère à l'artiste. L'expression repose avant tout sur le choix des couleurs et le tracé des lignes. La scène ­ en particulier le personnage principal ­ est caricaturée de façon grotesque et rendue dans une gamme chromatique qui ne doit plus rien à la réalité «vraie». Né de «l'enfer intérieur» de Munch, le tableau manifeste la face désespérée, angoissée et apocalyptique, qui marque la fin du siècle. Après tant d'années, force est de constater que l'impact visuel est inaltéré, preuve qu'il parle au coeur de l'homme contemporain.

Berlin

A l'automne 1892, Munch expose ses oeuvres peintes en France. Cette exposition lui vaut une invitation de la Künstlerverein de Berlin, qui souhaite monter une exposition de ses oeuvres. L'exposition est un énorme scandale. Le public ­ et la vieille garde ­ voit dans l'oeuvre de Munch provocation et anarchie. L'exposition est censurée derechef par les autorités.Elle a néanmoins permis à Munch de se faire un nom à Berlin, où il décide de s'installer. Il entre en contact avec un cercle d'écrivains, d'artistes et d'intellectuels en grande partie scandinaves. Parmi eux, August Strindberg, le poète polonais Stanislaw Przybyszewski, l'écrivain danois Holger Drachmann et l'historien de l'art allemand Julius Meier-Graefe. On y discute la philosophie de Nietzsche, l'occultisme, la psychologie et les aspects ténébreux de la sexualité.

En décembre 1893, Munch expose à Unter den Linden. Il y présente notamment six toiles, groupées sous le titre Etude pour une série: l'Amour. Elles sont les germes de ce qui va devenir La Frise de la vie ­ un poème sur la vie, l'amour, la mort. Nous retrouvons ici de pures ambiances comme La tempête, Clair de lune et Nuit étoilée, où l'on devine l'influence de l'artiste suisse-allemand Arnold Böcklin. D'autres motifs, comme ceux de Rose et Amélie ou de Vampire, dépeignent les facettes peu reluisantes de l'amour. Plusieurs toiles ont pour thème la mort, la plus frappante étant La Mort dans la chambre de la malade. C'est dans cette composition que la dette de Munch envers les synthétistes et symbolistes français est la plus sensible. Blême, grinçante, l'image fige une scène qui pourrait être le baisser de rideau d'une pièce d'Ibsen. On retrouve ici le souvenir de la mort de Sophie, la soeur de l'artiste, entourée de toute la famille. La mourante, vue de dos, est cachée par son fauteuil, mais focalisée par le personnage qui représente Munch lui-même. L'année suivante, la frise prend de l'ampleur avec des motifs comme Angoisse, Cendre, Madone et Les trois âges de la femme, dont le monumentalisme est bien dans l'esprit du symbolisme.

Avec entre autres contributions celle de Meier-Graefe, Przybyszewski publie en 1894 le premier ouvrage consacré à l'art de Munch. Il le baptise «Réalisme psychique».

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Cendres

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La Madone

Retour à Berlin

Munch quitte Berlin au début 1896 et s'installe à Paris, où l'ont précédé Strindberg et Meier-Graefe. Il s'y intéresse de plus en plus aux arts graphiques, délaissant quelque peu la peinture. A Berlin, il s'était essayé à la gravure et à la lithographie. Il crée maintenant d'exquises lithographies en couleur et ses premières gravures sur bois, en collaboration avec le célèbre imprimeur Auguste Clot. Munch avait aussi l'intention de publier un cycle intitulé Le miroir, conçu comme une frise graphique. Une maîtrise souveraine des techniques et une grande originalité artistique l'ont hissé au rang de classique des arts graphiques.

A Paris, il crée des affiches pour deux pièces d'Ibsen, montées au Théâtre de l'Oeuvre, mais ne vient pas à bout d'une commande d'illustrations des Fleurs du Mal de Baudelaire.

En 1898, de retour en Norvège, Munch illustre des textes de Strindberg publiés dans un numéro spécial de la revue allemande Quickborn.

Le tournant du siècle

Dans les dernières années du siècle, Munch tente d'achever sa frise. Il peint une série de nouvelles toiles, dont plusieurs de grand format, en partie inspirées par l'Art Nouveau. Pour Métabolisme, un tableau de grande taille, il fabrique lui-même un cadre qu'il orne de reliefs sculptés. D'abord baptisée Adam et Eve, la toile révèle la place centrale que tient le péché originel dans la philosophie de l'amour de l'artiste. Des motifs comme La croix vide et Golgotha (toutes deux de 1900) sont symptomatiques de l'attirance de l'époque pour la métaphysique, et se font l'écho de la jeunesse piétiste de l'auteur.A cette époque, une liaison amoureuse déchirante confirme l'artiste dans son optique de l'art comme vocation. Le tournant du siècle est une phase d'expérimentation fébrile. Un style plus coloré, plus décoratif voit le jour, sous l'influence des nabis et de leur maître Maurice Denis. Dès 1899, Munch peint La Danse de la vie qui, par son aspect monumental, peut être considérée comme une lecture audacieuse et personnelle de ce style décoratif.

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La Danse de la Vie

Une série de paysages du fjord de Christiania, études sensibles et décoratives, sont considérés comme autant de sommets du symbolisme nordique. Jeunes filles sur la jetée, oeuvre d'ambiance classique, est peinte à Åsgårdstrand durant l'été 1901.

Le succès et après

A la naissance du XXe siècle, Munch est un artiste établi. En 1902, il expose pour la première fois l'ensemble de sa frise à la «Sécession berlinoise». Une autre exposition ­ Prague 1905 ­ aura une profonde influence sur plusieurs artistes tchèques. Son oeuvre fait une large part aux portraits, souvent en pied. Le portrait de groupe intitulé Les fils du Dr Linde (1904) est considéré comme une oeuvre maîtresse du portrait moderne.

Les fauves, Matisse en tête, partagent avec Munch de nombreux sujets de recherche. La «Brücke» de Dresden s'intéresse à son art, mais ne parvient pas à monter une exposition de ses oeuvres.

Le succès artistique croise à cette époque de graves difficultés personnelles. L'abus d'alcool aggrave son déséquilibre psychique. Il ressasse jusqu'à la torture sa tragique histoire d'amour. Elle s'est terminée à l'automne 1902 par une fusillade dont Munch est sorti blessé à la main gauche. Il n'oubliera jamais cette humiliation, jusqu'à l'obsession. Les traits de cette femme apparaissent entre autre dans la Mort de Marat (deux versions en 1907), un archétype de ce qu'il appelle «le combat entre l'homme et la femme que l'on appelle amour».

Henrik Ibsen disparaît en 1906, et Munch met l'automne de cette année à profit pour réaliser des décors pour Les revenants, mis en scène par Max Reinhardt au Deutsches Theater de Berlin. L'influence d'Ibsen ne cesse de croître. L'Autoportrait à Weimar montre un personnage sans force, attablé dans un café claustrophobique, très proche d'Osvald, le personnage d'Ibsen.

Sur commande, Munch peint un monumental Portrait idéal de Friedrich Nietzsche, et profite de plusieurs visites à Weimar pour peindre la soeur du philosophe décédé, Elisabeth Förster-Nietzsche.

De nouveaux thèmes laissent entrevoir un regain d'intérêt pour le monde. Hommes se baignant (1907-08) est un éloge sans détour de l'énergie virile. Les problèmes de nerfs et d'alcool atteignent pourtant un paroxysme, et Munch choisit de passer huit mois dans une clinique de Copenhague. En Norvège, on découvre enfin la valeur de son oeuvre. Il est décoré de l'ordre de St-Olav durant son séjour en clinique.

Retour en Norvège

De 1909 et jusqu'à la fin de ses jours, Munch va résider en Norvège. Il s'installe d'abord à Kragerø, petite ville de la côte sud du pays. Il y peint plusieurs toiles de facture classique, des paysages d'hiver, et se lance avec enthousiasme dans le concours pour la décoration de l'Aula, la nouvelle salle des fêtes de l'université d'Oslo.

En 1912, avec l'exposition que lui consacre le Sonderbund de Cologne, Munch se voit reconnaître comme l'un des pionniers de l'art moderne. A Kragerø, il se fait construire de grands ateliers en plein air où il travaille plusieurs années de suite au projet de décoration de l'Aula. A l'issue d'interminables conflits, il emporte le concours et son oeuvre est installée dans le bâtiment en 1916.

Selon les propres paroles de Munch, les motifs de l'Aula célèbrent les «forces éternelles de la vie». En toile de fond, un lever de soleil sur le fjord, reprenant la vue qui s'offre à Munch de la résidence qu'il loue à Kragerø, et qui exploite magistralement le potentiel symbolique de la lumière. Comme pendants, deux immenses toiles, L'Histoire et Alma Mater. Assis sous un grand chêne, dans un paysage rude et ingrat, un vieil homme conte à un petit enfant la saga de l'humanité. Dans un paysage serein et verdoyant, une mère est assise près d'une plage, un nourrisson à son sein, tandis que des enfants plus âgés s'initient à leur environnement naturel. Ces deux archétypes ne se contentent pas de renvoyer aux sciences de l'homme et de la nature, ils sont aussi l'illustration d'un principe masculin et féminin, contradiction fondamentale qui sous-tend l'univers pictural de l'artiste.

Le mouvement ouvrier alors en plein essor n'est pas non plus oublié et inspire plusieurs toiles, parfois monumentales. Les Ouvriers rentrant chez eux (1913-15) est aussi une étude dynamique de la perspective et du mouvement.

En 1916, Munch achète la propriété d'Ekely dans les faubourgs de Christiania. Paysages, personnages en harmonie avec la nature, chevaux au labour, les motifs sont dépeints en couleurs fortes et claires. D'un pinceau joueur et spontané, il célèbre les joies charnelles du sol, de l'air et de la terre.

A Ekely, Munch vit de façon spartiate dans un isolement volontaire de plus en plus strict, préférant la seule compagnie de ses tableaux. Il est toujours productif, mais ne se sépare qu'à contre-coeur de ses «enfants». Il prête néanmoins ses oeuvres à de nombreuses expositions en Norvège comme à l'étranger.

Dans les années suivantes, Munch peint de nombreuses études et compositions d'après des modèles. Certaines toiles laissent l'impression d'une joie de vivre régénérée, mais il n'en poursuit pas moins sa recherche sur les thèmes déchirants des années 1890. Sa production graphique est toujours importante, avec entre autre une série de portraits lithographiques.

Lorsque Munch s'éteint en 1944, il lègue sa vaste collection d'oeuvres et de notes biographiques et littéraires à la municipalité d'Oslo. Le musée Munch, inauguré en 1963, gère donc une collection unique d'oeuvres de Munch ainsi que d'autres documents qui mettent en lumière les étapes de sa création artistique.

La Galerie nationale d'Oslo possède elle aussi une collection unique de toiles et en particulier de chefs-d'oeuvre de sa première période, la plus novatrice. Le musée de Bergen Billedgalleri possède quant à lui plusieurs oeuvres de première importance.

L'auteur de cet article, Frank Høyfødt, a travaillé de nombreuses années au musée Munch d'Oslo avant de présenter sa thèse de doctorat d'histoire de l'art sur la vie de Munch et son art anno 1900.

Rédigé par Nytt fra Norge  - 1996

Ouvrages sur Munch :

Munch Edvard Munch, par Ulrich Bischoff - Edition Taschen

Liens :

Le Musée Munch

Chronologie de la vie de Munch

Posté par Norvege à 13:21 - Culture et Patrimoine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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