Les églises de bois-debout de Norvège

Le christianisme qui s'est répandu en Norvège voici un bon millier d'années représente la première influence directe d'une culture européenne. Sa rencontre avec le fonds nordique préchrétien n'a pas été sans tensions, qui ont laissé des traces profondes dans la société norvégienne. Les églises témoignent de ce choc culturel.

Même si aucune des vingt-neuf églises de bois debout que la Norvège compte à ce jour n'appartient à la première génération, nous savons maintenant que les églises érigées au XIe siècle ­ période appelée le temps des missions ­ étaient étroitement apparentées aux premières églises de bois debout, des bâtiments de bois dont les murs étaient formés de poteaux et de planches dressés verticalement. Les poteaux étaient plantés dans des trous creusés dans le sol. Ils constituaient ainsi un squelette porteur qui assurait l'indispensable rigidité de l'ensemble. Leur principal inconvénient ne pas offrir une protection suffisante contre la pourriture. Les fouilles archéologiques ont dégagé des rangées de trous profonds contenant des restes de bois spongieux, le seul témoignage direct de ces églises de première génération ­ et de leur destin.

Ces églises archaïques ne semblent pas avoir survécu plus d'un siècle. Dès le XIIe siècle, le besoin de bâtiments plus résistants a dû se faire sentir. Plutôt que de planter poteaux et planches directement dans le sol, on préféra les encastrer dans des sablières elles-mêmes posées sur des fondations de pierre. Ainsi surélevés du sol, les murs furent protégés de la pourriture. Cette solution s'est avérée si efficace que des bâtiments de bois édifiés dans les années 1100 sont parvenus intacts jusqu'à nous.

C'est à leur technique de construction que les églises de bois debout doivent leur nom: les murs sont constitués de palis et poteaux dressés verticalement, encastrées ­ en bas ­ dans une sablière rainurée et ­ en haut ­ dans une panne. A chaque coin, un poteau cornier s'encastre sur la sablière et la panne pour assurer une liaison rigide. Le mur se compose ainsi d'un cadre rigide sablière ­ poteaux corniers ­ panne rempli d'une palissade de planches verticales. Les sablières porteuses des quatre murs constituent un cadre horizontal rigide qui porte l'édifice. Les pannes constituent un deuxième cadre rigide au haut du mur, qui porte la charpente du toit.

Il existe ainsi de nombreux types d'églises de bois debout qui toutes ont en commun d'être constituées de palis dressés verticalement. Le type le plus répandu est un édifice simple de taille modeste avec une nef et un choeur plus étroit. Un type encore plus simple est l'église dite longue dont la nef et le choeur constituent un bâtiment de largeur égale couvert par un toit dit en bâtière, courant sur toute la longueur de l'édifice. Dans ces églises, le choeur a été séparé de la nef par une cloison percée. Le type le plus imposant et aux formes les plus avancées est représenté par l'église de Borgund. Elle est pourvue d'une nef et d'un choeur plus étroit, terminé par une abside en demi-cercle. Dans ce type d'église, la partie médiane de la nef, du choeur et de l'abside est plus élevée que les parties extérieures appelées collatérales. (Attention à ne pas confondre ces collatérales avec les galeries extérieures qui ceinturent le bâtiment. Ces galeries entourent souvent tous les types d'églises et ne sont donc pas caractéristiques d'un type précis). La partie médiane surélevée de la nef est portée par des colonnes indépendantes espacées d'environ 2 m et placées environ 1 m en retrait des poteaux porteurs extérieurs, délimitant ainsi la partie médiane et les collatérales.

Certaines églises de bois debout n'ont qu'un pilier central jusqu'au faîte. Ces églises dites à pilier central ressemblent plutôt aux églises archaïques avec nef et choeur plus étroit, mais leur charpente est plus élaborée.

Les églises de bois debout sont des constructions de superbe facture, richement sculptées. Presque toutes les églises s'ouvrent sur un portail dont l'extérieur est sculpté sur toute la hauteur. Cette tradition décorative semble provenir des ornements animaliers de l'ère viking. Les dragons en sont le motif préféré et s'y développent en créatures fantastiques aux membres interminables. Les volutes végétales s'y mêlent aux entrelacs et aux bouquets de feuillages élaborés. Ces compositions luxuriantes sont exécutées de main de maître et élèvent ces portails au rang de chefs d'oeuvre de l'art national. Il serait pourtant difficile de prétendre que le message de ces portails est d'essence chrétienne.

L'intérieur des églises de bois debout était sombre. A l'origine, les seules sources de lumière sont les petites ouvertures circulaires percées dans la partie supérieure du mur de la nef. Elles ne dispensent qu'une faible lueur. Les sculpteurs chargés des décorations intérieures n'y ont toutefois pas trouvé un prétexte pour ménager leurs efforts. Dans certaines églises, les colonnes s'achèvent par des chapiteaux qui rappellent ceux des églises de pierre romanes. On a visiblement voulu parer les églises de bois d'éléments empruntés au style des chefs-d'oeuvre de pierre contemporains. L'admirable ossature de bois des églises, dictée par les caractéristiques techniques du matériau, garde toutefois sa pleine originalité.

Eglise de Haltdalen

La plupart des églises de bois debout de Norvège étaient de petits édifices d'une grande simplicité, avec une nef courte prolongée par un choeur plus étroit. Elles étaient couvertes de bardeaux, les murs et les toits étaient enduits de goudron. A l'intérieur, l'église était ouverte jusqu'au faîte. Ces églises étaient de taille modeste. Mais bientôt, en raison de la généralisation de l'usage des bancs et de l'accroissement constant du nombre des paroissiens, ces bâtiments ne suffisent plus à leur fonction. La plupart des églises de ce type ont donc été rasées, certaines ont été remaniées et agrandies. L'église de Haltdalen a été transportée au musée des Arts et traditions populaires du Trøndelag à Sverresborg près de Trondheim où elle a été restaurée dans son état d'origine.

Eglise de Reinli

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L'église de Reinli dans le Valdres date du XIIIe siècle. Une abside a été ajoutée au pignon est au choeur. Une galerie ceint tout l'édifice. A l'origine, l'édifice est une petite église de type long avec nef et choeur de même largeur sous un haut toit à bâtière. Un lanterneau octogonal s'élevait jadis au milieu du toit. Les cloches de l'église sont maintenant pendues dans un campanile qui surmonte la porte du cimetière. Le choeur et la nef étaient jadis séparés par une cloison percée d'une ouverture étroite. Cette cloison a été supprimée vers 1700 à l'occasion de l'installation d'un nouvel intérieur. Un ancien tabernacle a été reconverti en retable. Les 12 croix de consécration peintes sur les murs intérieurs de l'église sont encore visibles aujourd'hui.

Eglises à pilier central

Les dessins tentant de recréer l'église de Nes dans le Hallingdal, démolie en 1864, montrent une église de bois debout de construction originale. Un pilier central planté au milieu de la nef porte la flèche et constitue la colonne vertébrale de l'ossature de l'église. L'église d'Uvdal dans le Numedal est l'une des rares églises à pilier central encore intacte. La photographie de l'intérieur prise en direction du choeur montre le pilier central et les contrefiches de l'enrayure. Les murs et plafonds ont été peints d'un décor luxuriant dans les années 1650. Une bande portant des citations bibliques partage le décor mural en un champ inférieur à arcades et un champ supérieur à rinceaux, fleurs et fruits.

Eglise de Borgund

L'église de Borgund fait partie du type d'églises de bois debout les plus grandes et les plus élaborées. La haute partie médiane de la nef est portée par une colonnade de poteaux indépendants étayés entre eux et épaulés par les murs des collatéraux plus bas. A l'extérieur des collatéraux, une galerie extérieure éclairée par de petites ouvertures en mini-arcades ceinture l'édifice. Devant les portails de l'église, la galerie s'élève en ouvertures cintrées menant au cimetière. Les toits de l'église s'élèvent sur trois niveaux. La flèche située à la croisée du transept est elle aussi dotée d'un toit à trois niveaux. Les cloches de l'église se trouvent dans un campanile situé au sud du cimetière. Les plus grandes des églises de bois debout ont été construites sur le même principe que celle de Borgund. Quinze d'entre elles sont parvenues jusqu'à nous. La plupart d'entre elles ont été remaniées et agrandies au fil des siècles, mais l'église de Borgund se dresse aujourd'hui dans l'état qui fut le sien lors de sa construction il y a 800 ans.

Eglise de Lom dans le Gudbrandsdal

L'église de Lom dans le Gudbrandsdal date des années 1200 et est du même type que celle de Borgund. Un peu plus vaste, elle a en outre été prolongée vers l'ouest et dotée d'un transept et d'une flèche élancée au XVIIe siècle. Tous les toits et murs de l'église sont enduits au goudron et se parent de riches nuances de brun sur un décor d'un vert luxuriant. La nef est parcimonieusement éclairée par de petites ouvertures circulaires haut placées. L'église fait toujours office d'église paroissiale. Son superbe intérieur est décoré de riches sculptures polychromes typique de cette vallée.

Les portails des églises de bois debout

Les bâtisseurs d'églises de bois debout ont été des architectes et charpentiers de talent. Ils ont aussi été des maîtres de la sculpture sur bois. Ils ont décoré les portails des églises de sculptures qui surpassent tout ce qui a été créé plus tard dans ce domaine.

Eglise d'Urnes

Si l'église de bois debout d'Urnes dans le département du Sogn remonte à la deuxième moitié du XIIe siècle, son portail est vieux d'un siècle. Un quadrupède assailli par des dragons en est le motif principal. Le fronton de ce portail représente l'affrontement de ces dragons. Les anneaux en forme de huit des dragons et serpents constituent ainsi le motif directeur de cette composition. Oeuvre d'une grande pureté et d'une facture raffinée, elle puise directement aux sources de l'art viking.

Eglise d'Ål

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Lors de sa construction vers la fin du XIIe siècle, l'église d'Ål (vallée du Hallingdal) est dotée d'un portail principal d'une qualité exceptionnelle. Des dragons dans le style du portail d'Urnes serpentent entre des entrelacs de tiges et de feuilles pour former des tresses quasi-inextricables. Les poteaux d'angle du portail sont couvert d'une véritable résille végétale. Les chapiteaux qui les surmontent sont ornés de deux lions aux aguets qui suivent d'un oeil vigilant les allées et venues des paroissiens. Des restes de peinture indiquent que le portail était jadis polychrome. Lors de la démolition de l'église en 1880, le portail a été transféré au musée d'histoire de l'université d'Oslo. L'auteur de cet article, l'architecte Håkon Christie, est chargé de recherches à l'Institut norvégien de recherches sur les arts et traditions populaires.

Rédigé par Nytt fra Norge - 1996 - par Håkon Christie