Jadis, les mythes nordiques étaient transmis par voie orale. Lors de la christianisation, les traditions ne furent pratiquement plus perpétuées car l'Eglise œuvra pour effacer le Paganisme des mémoires. Malgré cela, certains fragments de mythes survécurent et par la suite l’écriture latine fut utilisée pour les conserver. Ces éléments de mythologie et d’antique savoir sont connus sous la forme de deux récits islandais nommés Eddas. Aucune étymologie précise de ce nom n’est déterminée. Edda pourrait être un prénom féminin, bien attesté dans la littérature Norroise dont le sens est "aïeule". Edda signifierait donc "Mère de tout savoir".

L'EDDA POETIQUE


Page du Codex Regius

C’est un recueil de poèmes mythologiques et héroïques transmis principalement par le Kónungsbók Eddukvæða ou Codex Regius (livre Royal). Il fut rédigé durant la deuxième moitié du XIIIème siècle, rappelons que les poèmes Eddiques remonte à une tradition orale souvent mal interprétés par les transcripteurs monothéistes. Ce Codex Regius contient plus de trente poèmes, soit aujourd'hui quarante cinq pages. Huit feuillets manquent à ce livre, perdus entre le XVIème et XVIIème siècle, ils comprenaient les légendes de Sigurð (en Allemand Siegfried) et des Völsungar (en Allemand Wälsungen). Ce manuscrit fut offert en 1662 au Roi Frédéric III du Danemark (d’où le nom de Codex Regius) puis légitimement restitué à l'Islande en 1971.

L'EDDA DE SÆMUNDR

Appellation erronée de l'Edda Poétique. Lorsque le surintendant protestant Brynjólfr Sveinsson de Skalholt prit possession en 1643 du Kónungsbók Eddukvæða, il l’attribua à tort comme l’œuvre du savant Islandais Sæmundr Sigfússon Inn Fróði (1056-1133). Cette erreur fut maintenue jusqu'au XVIIIème siècle.

L'EDDA EN PROSE (ou Edda de Snorri)

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La Statue de Snorri à Bergen

Ce livre fut rédigé vers 1200 par Snorri Sturluson, né en 1179 à Hvammur, homme politique et savant descendant d'une famille les plus influente d'Islande, il fut nommé lögsögumaðr (homme qui dit la loi), fonction la plus importante du pays, de 1215 à 1219 et de 1222 à 1231. Il mourut assassiné à Reykjaholt en 1241. Snorri eut aussi un rôle majeur dans la littérature puisqu'il est l'auteur de la Saga de saint ólafr (ólafssaga), de l’Histoire des Rois de Norvège (Heimskringla) et d'autres œuvres dont l'Edda en Prose.

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Cet ouvrage est en quelques sortes un manuel de mythologie Païenne et d'art Scaldique. Il faut cependant noter que cette Edda, compte tenu de la date de son écriture, 200 ans après la christianisation, est vraisemblablement imprégnée de la nouvelle religion. Cette Edda n’en demeure pas moins la source la plus importante de la mythologie Germano-Scandinave. Sans Snorri, la pérennité des mythes et croyances Païennes n’auraient pas été aussi forte et la connaissance sur le peuple d’Europe du nord resterait obscure. Il est probable que Snorri écrivit ce livre parce qu’il pressentit la disparition irrémédiable de l’héritage de ses ancêtres. L’Edda Prosaïque est composée de trois parties dont la première est Gylfaginning (la Fascination de Gylfi).

On y trouve une présentation des Dieux et description de la création du monde jusqu’à sa chute. Snorri décrit aussi la manière dont le Roi Suédois nommé Gylfi se rend sous le pseudonyme de Gangleri à Asgarðr (Résidence des Dieux, là où se trouve Valhöll, la grande salle des Guerriers morts au combat, Iðavöllr la plaine mythique, ainsi que l'Hliðskjalf d'où óðinn / Wotan domine le monde du regard) pour y faire la connaissance des Ases et y apprendre leur Sagesse (les Ases sont les membres de la plus grande des deux familles de Dieux Nordiques, essentiellement ceux de la guerre et de la souveraineté, comptant parmi celle-ci óðinn, Þhórr / Thor, Heimdallr, Tyr, Viðarr, Baldr mais également Loki et d'autres. L'autre famille est celle des Vanes, Dieux de la fécondité dont font partie entre autre Njörðr, Freyr et Freyja). La seconde partie se nomme Skálskaparmál (science de la poésie). C'est un traité d'art scaldique où Snorri relate également de nombreux mythes afin d'expliquer les Kennigar mythologiques (Kenning au singulier) ou circonlocutions (périphrases) poétiques qui enferment la notion d'un code fréquemment insaisissable sans connaissances spécifiques. Par la même les Kennigar livrent une indication essentielle quant au niveau de culture mythologique des poètes mais aussi de leur public. Enfin, la dernière partie est Háttatal (dénombrement des mètres). Dans cette partie, Snorri offre un commentaire sur la métrique Norroise. On y trouve cent deux strophes en cent mètres différents.
Les Eddas sont partie intégrante du patrimoine Européen. Il est primordial de connaître cet Héritage.

A lire :

-  L'Edda Poétique, textes présentés par Régis Boyer. Edition Fayard.
- L'Edda, Récits de Mythologie Nordique par Snorri Sturluson, collection L'aube Des Peuples. Edition Gallimard. (Traduction F. X. Dillmann)
- Légendes de la Mythologie Nordique, par Jean Mabire. Edition l'Ancre de Marine.

Pour plus d'informations, lire l'article sur la mythologie norroise, dans la catégorie "Culture et Patrimoine"

Liens:

Biographie de Snorri Sturlusson